L’AfD force le pare-feu allemand à compter à découvert
Suite de l’édition d’hier soir.
La Saxe-Anhalt a accordé à l’Alternative pour l’Allemagne 43,8 % des voix et 39 des 83 sièges, laissant le parti à quatre sièges de la majorité, mais très loin devant chacun de ses rivaux. La CDU, qui gouvernait le Land, s’est effondrée à 17,2 %, tandis que la participation a atteint 77,8 %, son plus haut niveau depuis la réunification.
- AfD43,8
- CDU17,2
- BSW5,3
Le résultat a aussitôt transformé le vote de protestation en crise de direction. Le ministre-président Sven Schulze et la direction régionale de la CDU ont présenté leur démission à Magdebourg, et le député au Bundestag Sepp Müller a déclaré qu’il briguerait la présidence après avoir suggéré que le candidat de l’AfD, Ulrich Siegmund, avait mandat pour tenter de prendre le pouvoir.
Les dirigeants de l’AfD ont exhorté les conservateurs à abandonner leur refus de coopérer, tandis que le chancelier Friedrich Merz a réaffirmé que la CDU ne gouvernerait pas avec le parti. Infratest dimap a relevé que 87 % des électeurs de Saxe-Anhalt étaient mécontents du gouvernement fédéral, si bien que Berlin ne peut pas traiter ce résultat comme un simple accident local. Tino Chrupalla a formulé l’exigence sans détour.
« Les jeux partisans devraient vraiment appartenir au passé. »
La question difficile se pose désormais aux partis traditionnels, pas à l’AfD. Ils peuvent constituer une nouvelle majorité anti-AfD bancale et risquer de paraître procéduriers, ou bien engager le dialogue au-delà d’une ligne qu’ils ont construite précisément pour empêcher la normalisation. Le pare-feu de l’Allemagne a survécu comme règle morale ; la Saxe-Anhalt l’a transformé en exercice arithmétique.
D’après : Frankfurter Allgemeine, ZEIT ONLINE, Süddeutsche Zeitung, N-tv, Der Tagesspiegel