
L'Allemagne et la France proposent un outil d'urgence pour couper l'accès au marché européen en cas de conflit commercial
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont adressé une lettre commune à la Commission européenne pour réclamer le pouvoir d'exclure rapidement du marché unique les partenaires commerciaux coercitifs.
Initiative commerciale franco-allemande
Le 5 octobre 2026, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont remis une lettre commune et un document de position à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le texte exhorte Bruxelles à élargir l'arsenal de défense commerciale de l'Union européenne, estimant que les mécanismes existants ne permettent plus de protéger le marché unique contre les pressions économiques extérieures. Le document d'accompagnement signale la baisse des parts de marché des industriels européens, des fermetures d'usines et des suppressions d'emplois industriels dans les États membres. Berlin et Paris présentent l'initiative comme non ciblée, visant à instaurer une parité réglementaire avec les puissances étrangères qui disposent déjà d'outils de rétorsion commerciale rapides.
Dans leur lettre commune, Merz et Macron exposent les pressions structurelles qui pèsent sur l'appareil industriel du continent :
Le système commercial ouvert et fondé sur des règles est massivement affecté par l'instrumentalisation du commerce, les pratiques systémiques de distorsion du marché et les déséquilibres macroéconomiques mondiaux.
Mécanisme d'exclusion du marché unique
Le cadre proposé repose sur un instrument rapide conçu comme une capacité de riposte secondaire face à des actions commerciales extérieures graves. Des responsables allemands comparent le concept à un mécanisme de dissuasion destiné à prévenir l'escalade commerciale sans qu'il soit nécessaire de l'activer. Selon ce mécanisme, la Commission européenne disposerait d'une autorité autonome pour réagir lorsque des États étrangers portent atteinte à la concurrence loyale ou restreignent les approvisionnements en matières premières essentielles. Les mesures de rétorsion iraient crescendo, de barrières commerciales ciblées jusqu'à une exclusion immédiate et complète du marché unique européen. Pour garantir une exécution rapide sans délai bureaucratique, la Commission pourrait activer les mesures de manière unilatérale, sauf si une majorité qualifiée d'États membres vote explicitement contre. Les mécanismes européens existants, comme les enquêtes antidumping et l'instrument anti-coercition, exigent de longues procédures que les responsables politiques jugent inadaptées aux interruptions brutales d'approvisionnement.
Déficits et vulnérabilités des chaînes d'approvisionnement
Bien que la lettre ne nomme aucun pays, des responsables gouvernementaux reconnaissent que l'initiative répond avant tout au déficit commercial quotidien d'un milliard d'euros de l'Union européenne avec la Chine. Les tensions se sont accrues après les restrictions à l'exportation de terres rares et d'aimants permanents, qui ont contraint des équipementiers automobiles européens à suspendre certaines lignes de production. L'Union européenne prépare également des droits de douane protecteurs sur les véhicules hybrides chinois, ce qui fait craindre à Berlin et Paris que Pékin ne réagisse par de nouveaux contrôles à l'exportation de minerais. En outre, les mesures commerciales américaines, notamment les enquêtes au titre de la Section 301 et les menaces tarifaires unilatérales, ont mis en évidence la vulnérabilité industrielle européenne.
L'économiste Sander Tordoir, du Centre for European Reform, décrit l'initiative comme un tournant pour la politique commerciale allemande :
C'est un moment charnière pour l'Allemagne. Berlin n'est officiellement plus naïf face à la guerre commerciale et industrielle que la Chine mène contre son industrie, ni face à la manipulation monétaire qui l'amplifie.
Diversification des approvisionnements et ordre du jour du sommet
Outre l'outil d'exclusion du marché, Berlin et Paris ont proposé un instrument dédié à la diversification pour éviter que les entreprises européennes ne deviennent trop dépendantes de fournisseurs d'un seul pays. Le Conseil franco-allemand d'experts économiques a recommandé de conditionner les subventions publiques aux véhicules électriques et aux énergies renouvelables à des normes strictes de diversification des fournisseurs, rappelant que les précédents programmes d'aides au solaire ont dirigé la quasi-totalité des fonds vers des producteurs chinois. Des ministères allemands dirigés par le SPD ont parallèlement préparé des documents réclamant des enquêtes antisubventions sur les voitures hybrides rechargeables chinoises, invoquant les subventions publiques, la surcapacité administrative et les avantages de prix non fondés sur le marché. Merz et Macron présenteront leur proposition commune aux dirigeants européens lors du sommet du Conseil européen à la mi-octobre 2026, où la Commission fera le point aux États membres sur les négociations commerciales en cours avec la Chine.
- La Chine restreint ses exportations de terres rares et d'aimants, perturbant les lignes de production automobiles européennes
- L'Allemagne et la France remettent une lettre commune proposant des pouvoirs d'urgence d'exclusion du marché unique
- Le sommet du Conseil européen se réunit pour examiner les outils de défense commerciale et les négociations avec la Chine

