
L'UE envisage un prélèvement élargi sur les grandes entreprises dépassant 100 M€ pour taxer les géants du numérique
La Commission européenne prépare un impôt forfaitaire sur les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel dépasse 100 millions d'euros, afin d'alimenter le budget de l'UE et de taxer les géants américains de la technologie sans déclencher de représailles commerciales.
Un prélèvement élargi sur les entreprises
La Commission européenne prépare des modifications à sa proposition de ressource propre fondée sur les entreprises (CORE), abandonnant une taxe autonome sur les services numériques au profit d'un prélèvement plus large sur les grandes entreprises. Selon le cadre révisé discuté par six responsables, toute entreprise opérant dans l'Union européenne dont le chiffre d'affaires annuel dépasse 100 millions d'euros (112,32 millions de dollars) verserait une contribution forfaitaire annuelle. Une version antérieure du plan avait exploré un seuil de 50 millions d'euros de ventes nettes. Dans sa conception actuelle, le mécanisme CORE impose des redevances annuelles fixes allant de 100 000 à 750 000 euros, ne captant qu'une fraction des bénéfices des multinationales. La Commission prévoit désormais d'ajuster les seuils et la structure des redevances pour obtenir des contributions plus importantes des entreprises technologiques multinationales, telles qu'Apple, Google et Meta, sans viser explicitement le secteur numérique.
Contourner les menaces tarifaires américaines
Ce basculement vers une contribution sur l'ensemble de l'économie fait suite aux avertissements commerciaux de Washington concernant la législation sur les taxes numériques. Le président américain Donald Trump a menacé d'imposer des droits de douane de 100 % sur les importations des pays appliquant des taxes sur les services numériques visant les entreprises technologiques américaines. Les négociations menées sous l'égide de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour établir un cadre fiscal mondial sur les sociétés ont échoué après le retrait des États-Unis. Si la France a introduit sa propre taxe nationale sur les services numériques en 2019, la Commission européenne cherche un compromis à l'échelle de l'UE pour éviter des frictions commerciales unilatérales. L'adoption de toute nouvelle règle fiscale dans le bloc requiert l'approbation unanime des 27 États membres, ce qui confère à chaque gouvernement national un droit de veto.
- La France introduit une taxe nationale sur les services numériques
- La Commission européenne présente sa proposition initiale de recettes CORE
- Donald Trump menace d'imposer des droits de douane de 100 % sur les taxes sur les services numériques
- Ursula von der Leyen met en garde le Parlement européen contre les coupes budgétaires
- Des responsables dévoilent un plan visant à élargir le prélèvement sur les entreprises CORE
- L'Irlande doit transmettre une proposition de budget de compromis
Affrontement budgétaire sur le cadre 2028-2034
La proposition fiscale coïncide avec les négociations sur le budget commun de l'Union européenne pour 2028 à 2034, que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a fixé à 2 000 milliards d'euros. L'Allemagne et cinq autres États membres, connus sous le nom de groupe des frugaux, ont formellement exigé des coupes budgétaires de plusieurs centaines de milliards d'euros, tout en rejetant l'émission de nouvelle dette commune. Les contributions nationales financent actuellement les quatre cinquièmes du budget commun, le reste provenant des droits de douane et des ressources propres traditionnelles. Dans un discours devant le Parlement européen à la veille d'un sommet des dirigeants de l'UE, Ursula von der Leyen a rejeté les appels à des réductions budgétaires sévères.
Je voudrais mettre en garde contre des coupes importantes. Cela risquerait d'entamer profondément des priorités essentielles.
L'Irlande, qui assure la présidence du Conseil, prévoit de transmettre aux États membres une proposition de budget de compromis révisée samedi.
Projections de recettes et résistances nationales
Pour réduire la dépendance aux contributions nationales directes, la Commission a proposé cinq nouvelles sources de revenus, dont le prélèvement sur les entreprises, des redevances sur les déchets électroniques non recyclés, des droits plus élevés sur le tabac, les recettes du marché du carbone et un mécanisme d'importation carbone. Les calculs de la Commission estiment que ces mesures généreraient 64,4 milliards d'euros par an, soit environ 450 milliards d'euros sur l'ensemble du cycle budgétaire de sept ans. Dans cette structure, les contributions budgétaires nationales diminueraient à 0,76 % du revenu national brut, contre 0,84 % cette année. Toutefois, une étude du Conseil allemand des relations étrangères (DGAP) estime que les nouvelles ressources propres ne combleraient le déficit de financement qu'à hauteur de 19,2 milliards d'euros par an.
- Estimation de la Commission européenne
- 64.4 mds €
- Estimation de l'étude du DGAP
- 19.2 mds €
Les représentants du gouvernement allemand ont rejeté la proposition, qualifiant les recettes redirigées de diversion qui continue de ponctionner les contribuables nationaux. Sans nouvelles sources de revenus pour l'UE, la contribution brute de l'Allemagne passerait de 36,4 milliards d'euros à jusqu'à 58,3 milliards d'euros, alors que la Commission calcule que les nouveaux prélèvements limiteraient cette hausse à 10 milliards d'euros.


