
La Cour des comptes préconise de rendre obligatoire le rôle de médecin traitant, alors que 6,3 millions de Français n'en ont pas
Un rapport de la Cour des comptes présenté le 30 septembre 2026 propose d'obliger les médecins généralistes à prendre en charge des patientèles, après le constat que 6,3 millions de Français n'ont pas de médecin traitant.
Évaluation du modèle de soins primaires
La Cour des comptes a présenté le 30 septembre 2026 à l'Assemblée nationale un rapport examinant deux décennies du modèle du médecin traitant. Le dispositif, connu sous le nom de médecin traitant, a été créé lors de la réforme de l'assurance maladie de 2004 pour remplacer le cadre du médecin référent, introduit en 1997 sur la base du volontariat. Le système devait servir de point de contact initial pour les patients, les orienter dans le réseau de soins et réduire les consultations de spécialistes inutiles. Les chiffres officiels montrent que 89 % de la population française est déclarée auprès d'un médecin désigné, mais 6,3 millions d'assurés n'en avaient pas en 2025. Parmi les personnes sans médecin, un tiers sont âgées ou souffrent de maladies chroniques de longue durée nécessitant un suivi médical régulier. L'audit relève aussi qu'une personne sur cinq consulte un praticien moins d'une fois par an, avec de mauvais résultats en matière de prévention.
Pénalités financières et patientèles croissantes
Dans le système de santé français, les patients bénéficient d'un taux de remboursement de 70 % par l'assurance maladie obligatoire lorsqu'ils consultent leur médecin traitant, contre 30 % lorsqu'ils s'adressent à un autre généraliste hors du parcours de soins coordonné. L'accès direct sans pénalité de remboursement reste limité à certaines disciplines, notamment la gynécologie, l'ophtalmologie, la psychiatrie et la stomatologie. La charge de travail des médecins participant au dispositif a augmenté ces dernières années. Les généralistes exerçant comme médecins traitants ont suivi en moyenne 1 130 patients adultes en 2024, contre 919 patients adultes en 2016.
- 2016
- 919 patients
- 2024
- 1130 patients
Participation des médecins et déficits urbains
L'audit révèle que 15 % des généralistes libéraux, soit 8 500 médecins, n'assument pas le rôle de médecin traitant. Ces praticiens se consacrent souvent à des activités à l'acte, comme la médecine esthétique ou l'allergologie, mieux rémunérées par acte médical. Sur les 100 000 généralistes enregistrés en France, environ la moitié n'exercent pas les fonctions de coordination des soins primaires. L'audit note que les pénuries les plus graves de médecins traitants touchent les zones urbaines à population plus jeune, où les médecins sont moins enclins à prendre en charge des patientèles sur le long terme.
Réformes proposées et réactions des praticiens
Pour combler le déficit de couverture, la Cour des comptes a recommandé de rendre obligatoire la participation des généralistes au dispositif et de rééquilibrer leur rémunération vers le suivi des patients plutôt que vers les actes médicaux isolés. Les généralistes en France perçoivent actuellement un revenu médian de 171 000 euros par an. Le Dr Jean-Dominique Fayard, président de la Fédération des médecins de France pour la Gironde, suit une patientèle de 800 patients en banlieue bordelaise et limite son activité à trois consultations par heure.
La plupart des confrères en ont environ 1 200, mais d'autres montent jusqu'à 2 000. Je défends une médecine artisanale : pas plus de trois patients par heure. Je préfère cela au rythme d'un abattoir. Je refuse désormais de prendre de nouveaux patients comme médecin traitant pour préserver la qualité de mon travail, mais il m'arrive de faire une exception pour un proche d'une famille que je suis. Je trouve ce système tout à fait approprié pour suivre, accompagner et surtout faire de la prévention.
- Instauration du médecin référent dans la convention entre médecins et assureurs
- La réforme de l'assurance maladie établit le cadre actuel du médecin traitant
- La Cour des comptes présente à l'Assemblée nationale son rapport d'évaluation sur 20 ans
