Le conseil municipal de Heidenau vote avec l'AfD et la CDU l'interdiction des Stolpersteine
Des élus de l'AfD et de la CDU à Heidenau, en Saxe, ont adopté une motion commune suspendant toute nouvelle installation de Stolpersteine, ces pavés commémoratifs dédiés aux victimes du nazisme.
Le vote du conseil à Heidenau
Le conseil municipal de Heidenau, en Saxe, a approuvé fin septembre une motion commune de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) et de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) visant à suspendre l'installation de nouveaux Stolpersteine. Les Stolpersteine, ou « pierres d'achoppement », sont des pavés de laiton de dix centimètres scellés dans les trottoirs devant la dernière résidence des victimes du régime nazi. La commune en compte actuellement cinq. Une plaque de laiton se trouve directement devant l'hôtel de ville de Heidenau, en mémoire de Paul Gröger, ancien maire de la ville, qui s'est suicidé après avoir été persécuté par les nazis. La petite ville saxonne a approuvé cette mesure environ un mois après les élections régionales, bloquant immédiatement une demande en cours du groupe d'éducation civique AKuBiZ visant à poser 12 pierres supplémentaires en hommage aux victimes de la Shoah.
Débat sur la dignité de la commémoration
Les représentants de l'AfD ont défendu la motion municipale en affirmant que des pierres scellées dans le sol ne constituent pas un cadre approprié pour le souvenir. Daniel Barthel, président du groupe AfD au conseil municipal de Heidenau, a soutenu que les mémoriaux en laiton sur les trottoirs sont exposés à la saleté, au piétinement et aux ordures municipales.
Nous avons toujours considéré ces pierres comme une commémoration indigne. On peut marcher dessus consciemment ou inconsciemment. La saleté et la crasse tombent dessus.
Barthel a cité la ville voisine de Dresde pour justifier l'interdiction municipale, affirmant que les pierres commémoratives installées près d'espaces verts sont souillées par les animaux et souvent recouvertes par des poubelles et des bacs à ordures.
Réactions des organisations civiques et des historiens
Des historiens et des organisations civiques de toute l'Allemagne ont condamné la résolution municipale et contesté le raisonnement du conseil. Anne Nitschke, militante de 40 ans au sein d'AKuBiZ, organisation saxonne d'éducation historique et de défense de la démocratie, déclare que la rencontre de ces pierres dans la vie quotidienne constitue le cœur même du réseau mémoriel.
Ils veulent retirer la mémoire des victimes du centre-ville, comme les victimes elles-mêmes en ont été retirées auparavant.
Andréas Ullmann, historien chargé de la gravure des pierres commémoratives dans toute l'Allemagne, rejette les arguments hygiénistes de l'AfD comme fallacieux et relie directement la résolution municipale à l'influence politique croissante du parti.
Cette interdiction est très clairement liée à la montée de l'AfD.
L'ampleur du réseau mémoriel
L'initiative Stolpersteine a débuté dans les années 1990 et est devenue le plus grand projet mémoriel décentralisé et citoyen au monde. Financée entièrement par des dons privés, chaque plaque de laiton porte le nom, la date de naissance et le destin d'une victime précise : Juifs, Roms, opposants politiques, homosexuels et personnes handicapées. Selon la fondation qui supervise le projet, 105 000 pierres sont installées en Allemagne et 125 000 dans le monde, les estimations européennes plus larges atteignant environ 128 000.
- Allemagne
- 105000 pierres
- Dans le monde
- 125000 pierres
Le vote de Heidenau a eu lieu un mois après les victoires électorales de l'AfD dans l'est de l'Allemagne, ainsi que les gains du parti dans les sondages nationaux et à Berlin. Bien que la CDU fédérale du chancelier Friedrich Merz applique une politique stricte de refus de toute coopération avec le parti d'extrême droite, les conseillers municipaux de Heidenau se sont alliés à l'AfD pour obtenir la majorité nécessaire à l'arrêt du programme mémoriel.

