
Un juge américain ordonne le retour d'un Égyptien expulsé vers la Guinée équatoriale, HRW qualifiant d'illégales les expulsions vers l'Afrique
Un juge américain a ordonné à l'administration Trump de faciliter la libération et le retour d'Ahmed Soliman, détenu en Guinée équatoriale. Human Rights Watch affirme que plus de 500 personnes ont été envoyées vers des pays africains dont elles ne sont pas citoyennes.
Un juge ordonne le retour d'un Égyptien expulsé
Un juge américain, John C. Hinderaker, a ordonné au département de la sécurité intérieure (DHS) de faciliter la libération d'Ahmed Soliman et son retour aux États-Unis, y compris en organisant les documents de voyage nécessaires, selon une décision consultée par Reuters jeudi. Soliman, un Égyptien expulsé cette année vers la Guinée équatoriale, y est incarcéré. Il avait déclaré l'an dernier à un juge de l'immigration craindre d'être tué en Égypte parce qu'il est gay. Le mois dernier, il a affirmé avoir subi de mauvais traitements de la part de la police équato-guinéenne, et une vidéo obtenue par Reuters montrait des agents braquant leurs armes sur des migrants, dont lui. Soliman est détenu au secret dans une brigade de gendarmerie qui a aussi servi à détenir des militants des droits humains. La Guinée équatoriale n'a pas répondu aux demandes de commentaire sur son cas.
Ce que révèle le rapport de Human Rights Watch
Human Rights Watch affirme dans un rapport publié jeudi que l'envoi de migrants vers des pays africains dont ils ne sont ni citoyens ni résidents habituels viole le droit international et vise à dissuader la migration par la souffrance humaine. HRW recense 536 personnes envoyées vers ces pays entre janvier 2025 et août 2026, tandis que d'autres rapports font état de plus de 500 cas à partir de données américaines. Ses conclusions s'appuient sur des entretiens avec 24 expulsés au Cameroun, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Guinée équatoriale, en Eswatini et au Soudan du Sud. HRW indique qu'au moins 12 expulsés ont été identifiés comme LGBT et envoyés vers des États africains qui criminalisent les relations homosexuelles. Une enquête de Forbidden Stories publiée en septembre estimait à environ 25 000 le nombre de personnes expulsées dans le monde au titre de ce programme.
- Expulsés dans le monde (estimation Forbidden Stories, septembre)
- 25000
- Envoyés vers des pays africains (HRW, janvier 2025 à août 2026)
- 536
- Cas de migrants LGBT envoyés en Afrique documentés par Reuters
- 40
Les conditions lors de l'expulsion
Les personnes interrogées ont décrit avoir été maintenues enchaînées pendant des vols allant jusqu'à 18 heures et ne pas avoir été informées de leur destination. La plupart ont disposé de peu ou pas de temps entre l'annonce de leur expulsion et son exécution, selon HRW, et beaucoup n'ont pas pu contacter leur famille ou des avocats. Un Éthiopien de 35 ans a raconté qu'un agent de l'ICE avait signé à sa place un formulaire de « départ volontaire » vers le Tchad, et qu'à l'arrivée l'avion avait atterri au Cameroun. HRW affirme que l'Eswatini, le Ghana et le Soudan du Sud ont détenu arbitrairement des expulsés, des mauvais traitements étant signalés en détention. L'organisation indique aussi que le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Ghana ont renvoyé certains expulsés vers leur pays d'origine malgré le risque de torture ou de persécution.
Les réactions officielles
Michael Garcia Bochenek, directeur par intérim du programme américain de l'organisation, a résumé la position de HRW.
Expulser des personnes vers des pays où elles n'ont jamais mis les pieds fait partie d'une politique américaine conçue pour causer des souffrances humaines afin de dissuader la migration.
Le département de la sécurité intérieure a défendu cette pratique dans une déclaration à la BBC.
les expulsions vers un pays tiers sont un outil essentiel de sécurité publique qui permet d'éloigner de nos rues les criminels étrangers en situation irrégulière les plus dangereux.
HRW cite aussi un responsable américain anonyme ayant déclaré lors d'une audition au Sénat que l'administration pouvait menacer des personnes de les déposer au milieu de nulle part, et conclut : « Le but est de faire peur aux gens. » L'Eswatini, qui a accueilli 32 expulsés, a annoncé mercredi que trois personnes originaires du Yémen, du Belize et du Laos étaient parties volontairement vers leur pays d'origine. Aucun des gouvernements africains cités n'a commenté le rapport.
- Trump revient à la Maison-Blanche ; le gouvernement signe ensuite des accords sur les pays tiers
- L'enquête de Forbidden Stories estime à 25 000 le nombre d'expulsés dans le monde
- L'Eswatini annonce le départ volontaire de trois migrants
- HRW publie un rapport qualifiant les expulsions d'illégales
Accords et suites
Après le retour de Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, l'administration a signé des accords avec des gouvernements d'Afrique, d'Amérique latine et du Pacifique pour accueillir des personnes qui ne peuvent pas être légalement renvoyées dans leur propre pays. Beaucoup de ces accords restent secrets. HRW exhorte les gouvernements africains signataires à les suspendre ou à les résilier et à refuser ces transferts, et appelle les États-Unis à cesser immédiatement les expulsions de réfugiés et de demandeurs d'asile par ce biais. Pour Soliman, la décision du juge impose désormais au DHS d'organiser son retour.

