
Procès pour viol en réunion à Cornell : l'avocat des accusés demande une ordonnance de silence
L'avocat de l'un des sept hommes accusés dans une plainte pour viol en réunion visant la fraternité Chi Phi a demandé le 9 octobre à un juge une ordonnance de silence, alors qu'aucune poursuite pénale n'a été engagée contre eux.
Les accusations
Jane Doe, une ancienne étudiante de Cornell, a déposé en septembre une plainte au civil contre la fraternité Chi Phi, la sororité Delta Delta Delta, l'université Cornell et sept membres de Chi Phi. Elle affirme que les sept hommes l'ont violée en réunion lors d'une fête dans la nuit du 19 octobre 2024, alors qu'elle avait 20 ans, et dit avoir été droguée avant l'agression. Sa première plainte avait été classée, et l'enquête a depuis été rouverte. Les défendeurs affirment que les rapports sexuels étaient consentis, qu'elle en a pris l'initiative, ou qu'ils n'y ont pas participé, tandis qu'elle soutient qu'il s'agissait d'une agression. Aucun des hommes n'a été poursuivi au pénal, et tous nient les faits. Après qu'elle a signalé l'incident au service de police de Cornell, Chi Phi a été suspendue et une enquête de plusieurs mois a suivi, qui s'est conclue par l'expulsion de deux hommes et la suspension d'autres. La plainte accuse Cornell d'avoir tenté d'étouffer l'affaire pour protéger sa réputation et celle de ses fraternités.
- Viol en réunion allégué lors d'une fête, selon la plainte
- Jane Doe dépose une plainte au civil contre Chi Phi, Cornell et sept hommes
- Le tribunal place des documents sous scellés après le harcèlement d'un Marine ; Knox dépose une demande d'ordonnance de silence
- La gouverneure Kathy Hochul nomme un procureur spécial
Documents judiciaires et ordonnance de silence
Le 9 octobre, James C. Knox, avocat de l'un des accusés, a demandé au juge d'imposer une ordonnance de silence limitant ce que les parties et leurs avocats peuvent dire publiquement. L'avocat de Jane Doe, Thomas Giuffra, a accordé des dizaines d'entretiens aux médias depuis le dépôt de la plainte, et Knox soutient que cela crée un risque de préjudice pour son client et pour tous les défendeurs. Knox a exposé son argument par écrit au tribunal :
La campagne médiatique de l'avocat de la plaignante n'a pas été un simple résultat organique de l'enquête, mais une campagne orchestrée depuis le début.
Giuffra a répondu que l'ordonnance de silence visait à « me faire taire, moi et Mme Doe », parce que la défense n'avait pas réussi à ébranler son récit. Le vendredi 9 octobre, le tribunal a placé plusieurs documents sous scellés après des plaintes selon lesquelles un Marine américain et sa famille avaient été harcelés. Le Marine porte le même nom que l'un des défendeurs, et son adresse avait été incluse par erreur dans les dossiers judiciaires. Le document du tribunal note que des informations figurant dans les pièces déposées avaient déjà été utilisées par des internautes pour menacer et doxxer la famille d'une personne non partie au procès.
Le parquet et la réponse de l'université
La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a nommé en octobre un procureur spécial chargé d'examiner l'affaire, sans qu'aucune charge n'ait été retenue. Le président de Cornell, Michael Kotlikoff, s'est exprimé sur l'incident dans un message vidéo de huit minutes, dans lequel il a reconnu des questions troublantes sur l'enquête. Cornell est l'un des codéfendeurs aux côtés de la sororité et de la fraternité. La plainte de Jane Doe soutient que l'université a présenté l'adhésion aux organisations grecques comme un élément « vital » de la vie sur le campus et a fait la promotion de ces organisations comme des voies bien encadrées vers des amitiés et des opportunités. L'affaire a suscité des protestations dans tout le pays et maintenu le sujet à la une des médias nationaux.
Le débat plus large sur les fraternités
La North American Interfraternity Conference (NIC) représente 58 fraternités dans 600 établissements et revendique près de 200 000 membres undergraduates et 4,2 millions d'anciens. Des critiques soutiennent que certaines fraternités ont utilisé leur caractère exclusif pour encourager et normaliser la violence, en offrant l'acceptation sociale comme récompense de la conformité. Aldo Cimino, anthropologue à l'université Kent State qui étudie le bizutage dans les fraternités, a décrit les enjeux de l'adhésion :
C'est le sérieux de l'affiliation qui a généré l'intensité de ces rituels d'initiation.
Paul Ortiz, professeur d'histoire du travail à Cornell, a déclaré à Franceinfo que l'affaire est loin d'être isolée et qu'il a été approché par des étudiants, d'anciens étudiants et des employés avec des récits d'agressions sexuelles sur le campus. Il a affirmé que certaines fraternités fonctionnent comme des gangs et devraient être fermées, car elles encouragent des niveaux dangereux de criminalité, notamment la consommation d'alcool par des mineurs et l'usage de drogues.


