
Mitsotakis, avant les discussions de l'UE sur Ceuta, propose de nouveaux pouvoirs d'urgence pour suspendre l'asile en cas de crises de migration instrumentalisée
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, écrivant dans Politico quelques heures avant une téléconférence d'urgence de l'UE sur Ceuta, appelle à un nouveau mécanisme d'urgence européen pour contrer l'instrumentalisation de la migration, y compris la suspension temporaire des demandes d'asile.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a utilisé une tribune dans Politico le 4 août 2026 pour presser l'Union européenne de mettre en place un mécanisme d'urgence dédié contre l'instrumentalisation de la migration, quelques heures avant que les ministres de l'UE ne tiennent une téléconférence extraordinaire sur la récente vague d'arrivées dans l'enclave espagnole de Ceuta.
Une nouvelle menace hybride
Mitsotakis a écrit que l'environnement sécuritaire de l'Europe a fondamentalement changé. Au-delà des menaces militaires conventionnelles et des cyberattaques, l'UE est confrontée à ce qu'il a appelé une forme plus insidieuse de pression hybride : l'exploitation délibérée de la migration par des acteurs étatiques et non étatiques cherchant à tester la résilience de l'Europe, à saper sa cohésion et à obtenir des concessions politiques.
Les récents événements aux frontières de l'Europe, et en particulier dans l'exclave espagnole de Ceuta, sont le dernier rappel que la migration n'est plus simplement une question humanitaire ou un défi de gestion. Dans certains cas, elle est devenue un outil de coercition géopolitique.
Il a reconnu que l'UE a réalisé des progrès significatifs avec le Pacte sur la migration et l'asile, en introduisant des mécanismes de flexibilité et de solidarité. Mais ces outils, a-t-il soutenu, ont été conçus pour des situations qui restent fondamentalement gérables et ne répondent pas adéquatement aux scénarios où la migration est instrumentalisée ou où les flux sont organisés, amplifiés ou facilités d'une manière qui crée un défi hybride de facto.
Leçons d'Evros et de la Biélorussie
Mitsotakis a cité des crises antérieures pour souligner que le schéma n'est pas nouveau. La Grèce a été confrontée à une situation similaire à sa frontière terrestre avec la Turquie dans la région d'Evros en 2020, et la Lituanie, la Pologne et la Lettonie l'ont vécue à leurs frontières avec la Biélorussie en 2021. Dans chaque cas, a-t-il noté, la caractéristique n'était pas une augmentation progressive des arrivées mais des mouvements soudains, massifs et souvent coordonnés de personnes, parfois des dizaines de milliers en quelques jours, submergeant les capacités nationales et testant la résilience globale de l'UE.
Cadre d'urgence proposé
Le Premier ministre a appelé à un cadre européen spécifique pour faire face aux situations de pression migratoire massive et instrumentalisée, avec des critères d'activation clairs et objectifs. Ces critères prendraient en compte à la fois la vitesse et l'ampleur des arrivées par rapport à la capacité d'un État membre et les indications de coordination ou d'implication de pays tiers et de réseaux criminels organisés.
Les procédures standard de l'UE ne répondent pas adéquatement aux scénarios dans lesquels l'asile est utilisé comme moyen d'exercer une pression hybride.
Suspension temporaire de l'asile
Dans le cadre du régime d'urgence proposé, les États membres pourraient, dans des circonstances exceptionnelles de pression massive et disproportionnée, suspendre temporairement le dépôt de nouvelles demandes d'asile tout en accélérant le retour de ceux qui n'ont pas droit à une protection internationale. Mitsotakis a souligné que cela ne s'appliquerait que dans des conditions strictes et en pleine conformité avec les obligations juridiques de l'UE et internationales.
Il ne s'agit pas d'abandonner les valeurs européennes, mais d'une adaptation nécessaire aux nouvelles réalités.
Téléconférence de l'UE à venir
La tribune a été publiée alors que les ministres de l'UE se préparaient à une téléconférence d'urgence sur la situation à Ceuta. Mitsotakis a déclaré que l'on ne savait pas encore ce qui avait déclenché les événements de la semaine précédente, mais il a insisté sur le fait que l'UE doit se doter des outils juridiques et opérationnels nécessaires pour répondre à de tels défis.

