
La Cour européenne condamne l'Italie pour des propos sexistes d'un procureur dans une affaire de violences conjugales et ordonne le versement de 60 000 €
La Cour européenne des droits de l'homme a jugé que l'Italie n'avait pas protégé une victime de violences conjugales et ses enfants, citant les propos sexistes d'un procureur qui ont banalisé des menaces au couteau et une agression sexuelle. La cour a ordonné à l'Italie de verser 60 000 € de dommages et intérêts.
L'affaire
Audrey Carmen Manuela Ubeda, une ressortissante française résidant en Italie, a signalé son ex-conjoint en avril 2021 pour des violences physiques et psychologiques répétées contre elle-même et ses deux enfants. Un mois plus tard, elle et les enfants ont été placés dans un foyer protégé, où ils sont restés plus de trois ans, jusqu'en juillet 2024. L'ex-conjoint, identifié par les initiales G.P., a ensuite été reconnu coupable en première instance en juin 2026 et condamné à quatre ans et demi de prison.
- Audrey Ubeda signale son ex-conjoint pour des violences physiques et psychologiques répétées contre elle et ses deux enfants.
- La femme et les enfants sont placés dans un foyer protégé, où ils restent jusqu'en juillet 2024.
- Le procureur de Bénévent demande le classement sans suite, qualifiant la menace au couteau de « mauvaise plaisanterie » et tenant des propos sexistes sur le consentement sexuel.
- La femme et les enfants quittent le foyer après plus de trois ans.
- L'ex-conjoint est reconnu coupable en première instance à 4,5 ans de prison.
- La Cour européenne des droits de l'homme condamne l'Italie et ordonne 60 000 € d'indemnisation.
Propos du procureur
En novembre 2021, le procureur de la République près le tribunal de Bénévent, une femme, a demandé le classement sans suite de l'affaire. La demande décrivait un épisode au cours duquel l'homme aurait tenu un couteau sous la gorge de la femme comme une « mauvaise plaisanterie ». Concernant les allégations d'agression sexuelle, le procureur a écrit qu'il est « normal que les hommes doivent surmonter un niveau minimum de résistance que toute femme a tendance à manifester lorsqu'elle est fatiguée de la vie quotidienne et qu'un homme fait des avances sexuelles ». Ces propos ont ensuite été qualifiés par la Cour européenne des droits de l'homme de reflet d'« une culture sexiste et stéréotypée ».
Conclusions de la cour
La Cour européenne des droits de l'homme, dans un arrêt déposé le 2 juillet 2026, a estimé que la procédure italienne ne répondait pas aux exigences d'une enquête rapide, approfondie et efficace au titre de la Convention européenne des droits de l'homme. La cour a déclaré que les propos du procureur avaient soumis la femme à une victimisation secondaire, un préjudice supplémentaire causé par les institutions censées la protéger. Elle a également noté que le tribunal pour enfants avait mis plus de trois ans à révoquer l'autorité parentale de l'ex-conjoint, ignorant les allégations de violence. L'arrêt a cité les préoccupations précédemment soulevées par le GREVIO, l'organe du Conseil de l'Europe chargé de surveiller la Convention d'Istanbul, concernant les stéréotypes de genre dans les tribunaux conduisant à une victimisation secondaire.
Indemnisation et condamnation
L'Italie a été condamnée à verser 15 000 € chacune à la femme et à ses deux enfants pour préjudice moral, plus 15 000 € pour les frais de justice, soit un total de 60 000 €. La demande de classement sans suite a finalement été rejetée après les objections de la femme, et des enquêtes complémentaires ont été ordonnées. Celles-ci ont conduit à la condamnation de l'ex-conjoint en juin 2026 à une peine de quatre ans et demi de prison.
Réaction de la victime
Pour moi, c'est une revanche. Ce n'est pas facile pour une femme qui porte plainte de se retrouver face à quelqu'un qui, au lieu de vous aider, veut vous faire taire. Les paroles du procureur de l'époque m'ont laissée sans voix.
Pour moi, c'est un tournant, un nouveau départ, je me sens comme un phénix renaissant de ses cendres. Mais la plus grande satisfaction est d'avoir gagné une bataille au nom de toutes les femmes, pour qu'un cas comme celui qui a bouleversé ma vie ne se reproduise plus jamais.


