
Les patrons de Renault et Stellantis réclament une stratégie européenne pour l'automobile et le partage des capacités
Au Mondial de l'automobile de Paris, le directeur général de Renault, François Provost, a déclaré que l'industrie automobile européenne a perdu un tiers de ses emplois depuis 2010, tandis que le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, a indiqué que le groupe partagera des capacités d'usines avec des partenaires chinois plutôt que de fermer des sites.
Renault réclame une stratégie industrielle européenne
François Provost, directeur général du groupe Renault, a rencontré des journalistes italiens au Mondial de l'automobile de Paris et a estimé que l'Europe devait accélérer ses décisions sur l'industrie automobile. Il a réclamé une véritable stratégie industrielle, une réglementation plus simple et des conditions permettant aux constructeurs européens d'être compétitifs à l'international. François Provost a jugé que les deux dernières années n'avaient pas apporté de progrès suffisants sur les règles d'émissions de CO2, la simplification réglementaire et une politique industrielle commune. Il a évoqué un danger pour la survie de l'industrie automobile européenne, qui a perdu un tiers de ses emplois sur le continent depuis 2010. François Provost s'est également exprimé sur la concurrence chinoise, l'électrification, le coût des voitures et les projets d'investissement de Renault. Il recommande depuis deux ans un accord entre l'Union européenne et Pékin, aux termes duquel l'Europe ne limiterait pas les importations mais inviterait les constructeurs chinois prêts à investir en Europe à le faire.
Stellantis reconnaît la surcapacité mais exclut les fermetures
Le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, s'exprimant au Paris Automotive Summit, a reconnu une surcapacité de production, principalement en Europe, tout en excluant des fermetures d'usines.
Nous avons une surcapacité de production, surtout en Europe, mais nous ne voulons pas fermer d'usines.
Antonio Filosa a déclaré que la solution consistait à partager des capacités avec les partenaires chinois Leapmotor et Dongfeng, tous deux encadrés par des coentreprises. Selon lui, les partenaires produiront dans des usines que les deux parties ont sélectionnées, avec une production localisée en Europe. Stellantis ne veut pas de produits dans ses usines qui concurrencent ses autres marques, et les partenariats impliquent aussi un partage de savoir-faire dans les deux sens. L'objectif commun, a-t-il dit, est de vendre plus de voitures, en particulier électriques, et la distribution est au cœur de ce plan. Antonio Filosa a également indiqué que Stellantis aurait besoin d'autres gigafactories de batteries en Europe et que l'Europe devait permettre à l'entreprise de réaliser ces investissements.
Italie : Mirafiori, Cassino et le plan Maserati
Le jour de l'ouverture du salon, Arnaud Belloni, qui dirige les marques Fiat et Lancia, a évoqué un travail sur une petite voiture inspirée de la philosophie de la Citroën 2CV. Les syndicats turinois et le président de la région Piémont, Alberto Cirio, ont salué l'idée. Antonio Filosa s'est montré plus prudent, affirmant que Stellantis aime Mirafiori et la 500 et fait tout son possible, mais a besoin des institutions pour faire davantage. Il a indiqué que Mirafiori a doublé sa production cette année, que les volumes italiens progressent de 30 % et que l'objectif est de doubler les niveaux de 2025 d'ici la fin de l'année, même si les problèmes ne sont pas encore résolus. Antonio Filosa a déclaré à Milano Finanza que la production italienne devrait croître d'un peu moins de 30 % sur les neuf premiers mois de l'année. Il a pointé les coûts de l'énergie, plus de deux fois supérieurs en Italie à ceux de l'Espagne, et la logistique comme domaines nécessitant une action, ajoutant que les coûts du travail ne peuvent être traités que de manière marginale. Emanuele Cappellano, responsable de Stellantis pour l'Europe, a souligné que Mirafiori est plus qu'une usine d'assemblage, avec des activités allant de l'économie circulaire aux essais de batteries et aux transmissions électrifiées.
Les usines de Modène et de Cassino tournent en dessous de leur potentiel faute de nouveaux modèles. Antonio Filosa a déclaré que l'avenir de Cassino dépendra largement du plan Maserati, qui sera présenté à Modène en décembre.
Nous ne pouvons plus nous permettre de commettre des erreurs, nous n'avons pas d'autres occasions.
Antonio Filosa a indiqué que le plan Italie présenté en décembre 2024 est en cours de mise en œuvre, citant un milliard d'euros d'investissement supplémentaire à Atessa et une nouvelle Alfa Romeo à Melfi.
Objectifs financiers et partenariats chinois
Selon Milano Finanza, les priorités d'Antonio Filosa sont de respecter les prévisions 2026, d'atteindre un flux de trésorerie disponible positif en 2027 et de générer trois milliards d'euros de trésorerie en 2028. Il a aussi annoncé le retour de la Citroën 2CV, qui sera construite sur la plateforme E-car, qu'il a décrite comme électrique, économique et européenne. La voiture sera fabriquée entièrement en Europe, à un prix d'environ 15 000 euros, pour une production dans deux ans. Au sommet, Antonio Filosa a déclaré que Stellantis a choisi de développer des partenariats avec des opérateurs chinois et avec des partenaires d'autres marchés, dont l'Inde. Dans le cas de Leapmotor, a-t-il dit, le partenariat combine compétences technologiques, capacités industrielles et accès au marché pour proposer des véhicules électriques plus compétitifs à des prix accessibles. Parmi les autres intervenants du sommet figuraient le directeur général de Volkswagen, Oliver Blume, François Provost pour Renault, le directeur général de Valeo, Christophe Perillat, le ministre français de l'Industrie, Sébastien Martin, et le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné.

