
Les rendements obligataires français dépassent ceux des BTP italiens, les inquiétudes sur la dette se déplacent vers Paris
En août 2026, les rendements des obligations d'État françaises à 10 ans sont passés au-dessus de leurs équivalents italiens, les investisseurs européens réallouant leurs capitaux vers Rome en raison de trajectoires budgétaires divergentes et de l'instabilité politique à Paris.
Inversion des rendements de part et d'autre des Alpes
Les marchés financiers ont recentré leur attention sur la dette souveraine européenne au cours de l'été 2026, les coûts d'emprunt du gouvernement français dépassant les références italiennes. Pendant une grande partie de l'été, les rendements obligataires français à 10 ans ont oscillé entre 3,91 % et 4,01 %, tandis que les rendements des BTP italiens à 10 ans évoluaient entre 3,895 % et 4,00 %. L'écart de rendement qui en résulte, de 4 à 5 points de base, a inversé la prime traditionnelle exigée par les investisseurs pour détenir de la dette italienne par rapport au papier français. Avec un écart de rendement franco-italien atteignant moins 4 points de base, les analystes de Barclays ont décrit la France comme confrontée à une menace composite de risque de croissance, de risque politique et de risque budgétaire. Rohan Khanna, responsable de la stratégie des taux européens chez Barclays, a résumé le consensus dominant parmi les salles de marché.
Si vous demandez à quiconque sur les marchés quel est le maillon faible en Europe, la plupart pointeront la France.
Trajectoires budgétaires divergentes
Ce réalignement des rendements fait suite à des évolutions budgétaires opposées à Rome et à Paris, enregistrées par la Banque centrale européenne. L'Italie a réduit son ratio dette publique/PIB de 154 % en 2020 à 139 % en 2026, parallèlement à un excédent budgétaire primaire et à un déficit national se resserrant à un peu plus de 3 % du produit intérieur brut. En revanche, la France a vu sa dette publique passer de 114 % à 117 % du PIB, tandis que son déficit budgétaire s'est creusé au-delà de 5 %. Paris est également confrontée à une incertitude politique, fonctionnant sous un gouvernement minoritaire fragile après avoir changé cinq premiers ministres en trois ans, avec des discussions budgétaires houleuses et l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Tomasz Wieladek, stratège macroéconomique européen en chef chez T. Rowe Price, a identifié une large réallocation des capitaux du papier français vers le papier italien.
L'Italie était autrefois le plus grand risque pour l'Europe, le pays dont tout le monde s'inquiétait, mais aujourd'hui la France la rattrape rapidement.
- Italie (2020)
- 154 %
- Italie (2026)
- 139 %
- France (antérieur)
- 114 %
- France (2026)
- 117 %
Hausse de la demande étrangère pour la dette italienne
Les données officielles de la balance des paiements publiées par la Banque d'Italie confirment un afflux de capitaux internationaux vers les titres souverains de Rome. En juin 2026, les passifs extérieurs italiens ont augmenté de 30,6 milliards d'euros, tirés par 58 milliards d'euros de titres de portefeuille, dont 38,7 milliards d'euros de BTP. Palazzo Koch a noté que ce total représentait le plus élevé des entrées étrangères mensuelles depuis les années 1990. Les investisseurs internationaux détiennent désormais 35,9 % de la dette publique italienne, la plus grande part étrangère enregistrée depuis la crise de la dette souveraine de l'automne 2011. Les fonds japonais ont simultanément réduit leur exposition à la dette française, tandis qu'Evelyne Gomez-Liechti, stratège chez Mizuho, a décrit la France comme reprenant l'ancien rôle de marché de l'Italie. Filippo Taddei, économiste européen senior chez Goldman Sachs, a noté que cette réallocation reflète un retour à une position de marché normale pour l'Italie après des années de surveillance post-2008.
- Total des titres de portefeuille
- 58 mds €
- Obligations souveraines BTP
- 38.7 mds €
- Passifs extérieurs nets
- 30.6 mds €
Perspectives de notation et discipline de marché
Le resserrement de l'écart a incité les analystes de Bank of America à examiner une possible hausse de la notation souveraine de l'Italie parallèlement à une dégradation de celle de la France. Les chiffres du ministère italien de l'Économie et des Finances montrent que l'écart BTP contre les Bunds allemands, qui avait atteint 251 points de base en septembre 2022, est tombé à 59 points de base en janvier 2026 avant de se stabiliser autour de 82 points de base fin août, contre 86 points de base pour les OAT françaises à 10 ans. Adam Posen, président du Peterson Institute for International Economics et ancien responsable de la politique monétaire à la Banque d'Angleterre, a évalué la position de Rome.
L'Italie est désormais l'enfant chéri des marchés obligataires du G7.
Malgré cette évolution favorable, les économistes préviennent que le soutien du marché reste conditionné à un contrôle budgétaire continu. Taddei a souligné que les marchés obligataires ont une longue mémoire, exigeant des décideurs politiques italiens qu'ils maintiennent une discipline budgétaire plus stricte que la France ou l'Allemagne pour préserver la confiance des investisseurs internationaux.

