
Disparition de Lyhanna : le suspect visé par trois plaintes antérieures pour viol, le gouvernement ordonne une enquête administrative
Jérôme Barella, 41 ans, placé en garde à vue pour la disparition de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, faisait déjà l'objet de trois procédures judiciaires pour viol ou agression sexuelle, ont annoncé les procureurs mercredi. Le gouvernement a ordonné une enquête administrative sur d'éventuelles défaillances dans le traitement de ces affaires antérieures.
La disparition
Lyhanna, une écolière de 11 ans, a été vue pour la dernière fois vendredi après-midi montant dans une voiture devant son école à Fleurance, dans le Gers, dans le sud-ouest de la France. Jeudi, les recherches étaient entrées dans leur septième jour avec 170 gendarmes toujours déployés, utilisant ce que les autorités décrivent comme des ressources humaines et techniques croissantes. Aucune trace de la jeune fille n'a été retrouvée.
L'historique judiciaire du suspect
Jérôme Barella, un père de 41 ans, a été placé en examen pour enlèvement et séquestration et est détenu en détention provisoire. Lors d'une conférence de presse mercredi, la procureure de la République d'Auch, Clémence Meyer, a révélé que Barella faisait déjà l'objet de trois procédures distinctes pour viol ou agression sexuelle au moment de la disparition de Lyhanna.
La première était un signalement judiciaire déposé en 2017 par la mère d'une adolescente de 17 ans qui avait eu une relation avec Barella, alors âgé de 32 ans. L'affaire a été classée sans suite en février 2018 car la jeune fille était majeure et aucune infraction n'a pu être retenue. En 2020, Barella a été licencié de son poste d'agent d'entretien au lycée Maréchal-Lannes dans le Gers pour une relation inappropriée avec une élève. L'établissement a contacté la gendarmerie deux jours après la disparition de Lyhanna, mais le parquet d'Auch a indiqué n'avoir identifié aucune suite judiciaire à cet incident.
Une plainte pour viol a été déposée en 2022 concernant des actes qui auraient été commis sur un enfant de sept ans en 2020 au domicile de Barella. Les examens médicaux, les tests gynécologiques et les témoignages n'ont pas suffisamment étayé les allégations, et l'affaire a été classée en 2024 au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée. Meyer a indiqué que cette affaire serait désormais réexaminée.
La plainte de 2025 et l'enquête administrative
Une deuxième plainte pour viol a été déposée le 22 août 2025 par la mère d'une jeune fille née en 2014, alléguant des viols commis au domicile de Barella à Montestruc-sur-Gers. Parce que les actes présumés ont eu lieu dans le Gers, le parquet de Toulouse a transmis le dossier à Auch, qui l'a reçu en décembre et ne l'a transmis à la gendarmerie de Fleurance qu'en janvier. Neuf mois après le dépôt de la plainte, Barella n'avait toujours pas été entendu.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a annoncé mercredi à l'Assemblée nationale qu'il avait décidé, avec la ministre de la Justice, de lancer une enquête administrative, confiée à l'Inspection générale de la Justice et à l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale, sur les éventuels dysfonctionnements dans le traitement des affaires antérieures du suspect. L'enquête porte spécifiquement sur le traitement de la plainte de 2025.
Nous avons décidé de lancer une enquête administrative, qui sera confiée à l'Inspection générale de la Justice et à l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale, pour identifier les éventuels dysfonctionnements.
Une nouvelle plainte et de nouveaux témoignages
Mercredi, une nouvelle plainte pour agression sexuelle a été déposée contre Barella. Nicolas L., le père d'une jeune fille placée à l'Aide sociale à l'enfance, a raconté à BFMTV que sa fille avait décrit des attouchements inappropriés de la part de Barella lors d'une soirée pyjama chez lui à Montestruc-sur-Gers en août 2025. Il a indiqué que l'assistante sociale de la jeune fille avait déposé un signalement en mars 2026, et qu'il avait lui-même contacté la police après avoir appris que Barella était le suspect dans la disparition de Lyhanna.
Il y a eu des caresses sur les fesses et il avait la main sur un mur pour lui parler de près. Et soi-disant ils sont allés dans une piscine et quand elle est sortie de l'eau, il a touché les fesses de ma fille.
Les moyens judiciaires en question
Les syndicats de magistrats ont pointé du doigt le sous-effectif chronique comme facteur de ces retards. Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l'Union syndicale des magistrats, a déclaré à franceinfo que la France compte quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne. Il a indiqué que les enquêteurs des sections pour mineurs qu'il connaît gèrent entre 300 et 350 dossiers chacun, et que de nombreux parquets travaillent encore avec des dossiers papier.
Il y a des retards dysfonctionnels parce qu'il y a quatre fois moins de procureurs en France qu'en Europe.
Manon Lefebvre, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature et vice-procureure, a déclaré que le délai de traitement de la plainte de 2025 n'était pas surprenant compte tenu de la charge de travail. Elle a noté que certains jours, plusieurs viols sont signalés et que les enquêteurs doivent simultanément trouver des placements protecteurs pour les mineurs et entendre à la fois les victimes et les suspects.
Actuellement, les violences sexuelles contre les mineurs ne sont pas une priorité. En tout cas, on ne nous donne pas les moyens pour que ce soit vraiment le cas.
La réponse de la famille
Les parents de Lyhanna ont publié une déclaration par l'intermédiaire de leur avocat, François Roujou de Boubée, indiquant qu'ils avaient appris l'existence de la procédure pénale d'août 2025 par les médias. Ils restent dans une très grande inquiétude, demandent le respect de leur vie privée et expriment leur confiance dans le système judiciaire.
- La mère d'une adolescente de 17 ans signale la relation de sa fille avec Barella, alors âgé de 32 ans. L'affaire est classée sans suite en février 2018.
- Barella est licencié du lycée Maréchal-Lannes pour une relation inappropriée avec une élève. Aucune suite judiciaire n'est identifiée.
- Dépôt d'une plainte pour viol concernant des actes sur un enfant de 7 ans en 2020. L'affaire est classée en 2024 pour insuffisance de preuves ; elle est désormais réexaminée.
- Dépôt d'une plainte pour viol par la mère d'une fille née en 2014. Le dossier est transféré de Toulouse à Auch, et n'atteint la gendarmerie de Fleurance qu'en janvier 2026.
- Soirée pyjama au domicile de Barella ; la fille de Nicolas L. signale ensuite des attouchements. L'assistante sociale dépose un signalement en mars 2026.
- Lyhanna, 11 ans, est vue pour la dernière fois montant dans une voiture devant son école à Fleurance. Barella est arrêté et placé en examen.
- Le procureur révèle trois procédures antérieures. Le gouvernement annonce une enquête administrative. Nicolas L. dépose une nouvelle plainte pour agression sexuelle.


