Le pape Léon XIV et Sánchez doivent visiter le « quai de la honte » aux Canaries
Le pape Léon XIV se rendra ce jeudi au quai d'Arguineguín, accompagné du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, pour attirer l'attention sur la route migratoire atlantique, meurtrière, et les conditions indignes endurées par des milliers de personnes en 2020.
Visite papale à Arguineguín
Le pape Léon XIV se rendra au quai d'Arguineguín jeudi, accompagné du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, de plusieurs ministres et du président des îles Canaries, Fernando Clavijo. Cette visite vise à attirer l'attention sur la périlleuse route migratoire atlantique et la crise humanitaire survenue sur ce quai en 2020, connu sous le nom de « muelle de la vergüenza » (quai de la honte). Le pontife a déjà plaidé pour un « accueil respectueux » des migrants à Madrid, appelant à des réponses qui vont « au-delà de la simple gestion des flux » et offrent des « voies sûres et légales ».
La catastrophe humanitaire de 2020
Entre août et novembre 2020, plus de 23 000 migrants et réfugiés ont atteint les îles Canaries, submergeant les ressources locales. Au plus fort de la crise, le camp d'Arguineguín hébergeait jusqu'à 2 700 personnes, dormant sur du béton, sans lits, eau ni toilettes. Un Marocain, Hamza, a confié à EL PAÍS avoir passé 11 jours sur l'asphalte : « Nous dormions par terre avec une couverture en dessous de nous, rien pour nous couvrir, et ils ne nous donnaient qu'un petit sandwich au thon vers 11 heures ou midi – l'hygiène? Putain, rien ! » L'ancien magistrat Arcadio Díaz Tejera, qui a inspecté le site, a qualifié la situation de « situation illégale » et d'« exemple de ce qu'il ne faut pas faire ». Le défenseur des droits espagnol a effectué une visite inopinée le 16 novembre 2020, et le camp a été démantelé peu après.
Nous dormions par terre avec une couverture en dessous de nous, rien pour nous couvrir, et ils ne nous donnaient qu'un petit sandwich au thon vers 11 heures ou midi – l'hygiène? Putain, rien !
Réactions mitigées de la communauté locale
La visite papale suscite des sentiments complexes à Arguineguín. Si des habitants comme José Luis se souviennent avoir aidé les migrants avec de la nourriture, beaucoup en veulent encore d'avoir été laissés seuls pour gérer la crise. « La ville n'a pas oublié comment ils nous ont abandonnés », dit-il. La maire Onalia Bueno, qui fait face à des critiques pour avoir précédemment entravé l'accueil des mineurs et refusé de payer les enterrements des migrants, insiste désormais sur la nécessité d'une « immigration contrôlée » et de la dignité. Dans une vidéo Facebook, elle a souligné que « les frontières peuvent être abolies par l'art, la culture et l'humanité ».
Le bilan, c'est que si nous accueillons des migrants, nous devons garantir leur dignité – et cela n'a pas eu lieu. Cette société a besoin d'immigration, mais elle doit être une immigration contrôlée.
Le plaidoyer d'un prêtre d'El Hierro
Le programme papal ne prévoit pas de visite à El Hierro, l'île qui a supporté le poids des arrivées récentes, ce qui irrite son président local. En revanche, Darwin Rivas, un prêtre hispano-vénézuélien responsable de quatre paroisses sur l'île, prononcera un message d'intégration lors d'un événement précédant la messe à Tenerife. Rivas, qui a bénévolement aidé les migrants au centre d'accueil, insiste sur le fait que « la migration est un problème politique qui ne peut être résolu par des solutions policières ».
La migration est un problème politique qui ne peut être résolu par des solutions policières.
Chronologie des événements
- Premier groupe de 71 migrants dort sur le quai, début du camp.
- Visite inopinée du Défenseur des droits espagnol.
- La maire Bueno dépose une plainte contre les hôtels hébergeant des mineurs migrants.
- Le pape Léon XIV visite le quai avec le Premier ministre Sánchez.


