
Une enquête révèle qu'un salarié français sur trois est confronté au harcèlement au travail, la connaissance du droit stagnant
Un baromètre national de Qualisocial et d'AvoSial établit que 33 % des salariés français ont été confrontés au harcèlement au travail, l'exposition la plus forte concernant les agents du secteur public et les jeunes travailleurs.
Une enquête nationale menée par Ipsos BVA pour le cabinet de conseil en bien-être au travail Qualisocial et l'association d'avocats en droit social AvoSial montre que 33 % des salariés français ont été confrontés au harcèlement au travail au cours de leur vie professionnelle. Le chiffre est identique à celui du premier baromètre, quatre ans plus tôt, et 15 % des personnes interrogées déclarent plusieurs occurrences de harcèlement. Par ailleurs, 40 % des salariés disent avoir été témoins de harcèlement au travail, tandis que 74 % estiment que ces comportements sont répandus dans les entreprises françaises. L'étude, réalisée auprès d'un échantillon de 2 000 personnes, indique que les taux de harcèlement restent stables dans les secteurs privé et public.
- Secteur public
- 81 %
- Salariés à temps partiel
- 47 %
- CDD, intérim, apprentis
- 44 %
- Moins de 25 ans
- 42 %
- Femmes
- 38 %
- Hommes
- 28 %
Une exposition variable selon les secteurs et les âges
La vulnérabilité varie nettement selon le type de contrat et le secteur. Les agents du secteur public affichent le taux d'exposition le plus élevé, à 81 %, suivis des salariés à temps partiel (47 %) et de ceux en contrat à durée déterminée, en intérim ou en apprentissage (44 %). L'âge et le genre révèlent aussi des écarts marqués : 42 % des salariés de moins de 25 ans déclarent une exposition, contre 38 % des femmes et 28 % des hommes. L'exposition au harcèlement par les canaux numériques, courriels, SMS, messagerie instantanée et réseaux sociaux, concerne 53 % des salariés de 18 à 24 ans, contre 19 % chez les 45 ans et plus. L'organisation du travail joue également un rôle, la transformation des modes d'organisation affaiblissant la cohésion sociale.
L'évolution des modèles de travail laisse moins de place pour créer des liens collectifs et construire cette solidarité.
- 18–24 ans
- 53 %
- 45 ans et plus
- 19 %
Des lacunes de connaissance et des obstacles au signalement
Si la part des salariés qui s'estiment informés sur la législation relative au harcèlement est passée de 35 % à 50 % en quatre ans, l'identification concrète reste limitée. Seuls 54 % des salariés interrogés reconnaissent correctement un cas de harcèlement sexuel tel que défini par la loi lorsqu'on leur présente des exemples concrets. Les dispositifs internes de soutien souffrent en outre d'une faible visibilité : moins d'un tiers des salariés connaissent les canaux de signalement existant dans leur organisation, et 21 % seulement estiment que leurs collègues sont formés à détecter les situations abusives. La crainte des représailles freine les signalements : 50 % des salariés redoutent qu'un signalement nuise à leur carrière, une inquiétude particulièrement forte chez les femmes et les moins de 25 ans.
En France, culturellement, on tolère énormément les micro-comportements inappropriés, on les laisse s'installer.
Offensive législative et recommandations aux employeurs
Les résultats de l'enquête coïncident avec l'ouverture, jeudi, des débats à l'Assemblée nationale sur une proposition de loi globale contre les violences sexistes et sexuelles. Une disposition du texte prévoit que la prévention du harcèlement sexuel devienne un thème obligatoire des négociations collectives dans les entreprises et les branches. La direction de Qualisocial recommande que les dispositifs de prévention ne se concentrent pas exclusivement sur les violences sexuelles, afin que le harcèlement moral bénéficie de la même attention dans l'organisation. Les auteurs de l'étude appellent les employeurs à mettre en place des modules de formation fondés sur des situations concrètes de travail, à garantir des procédures d'enquête impartiales et à clarifier le rôle et la disponibilité des référents internes désignés.


