
Le faussaire condamné Beltracchi réclame devant la plus haute juridiction la restitution de son faux tableau
La Cour fédérale de justice allemande a examiné vendredi 9 octobre la demande de Wolfgang Beltracchi concernant une vente de 2006 d'un tableau qu'il avait falsifié. Une décision est attendue le 15 janvier.
La demande examinée par la cour
Wolfgang Beltracchi, peintre condamné pour l'une des plus importantes fraudes du marché de l'art en Allemagne, réclame la restitution d'un tableau qu'il a falsifié. La Cour fédérale de justice (BGH) de Karlsruhe a commencé à examiner sa demande vendredi 9 octobre. L'œuvre est « Rotes Bild mit Pferden » (Tableau rouge aux chevaux), que Beltracchi a peinte dans le style de l'expressionniste allemand Heinrich Campendonk. En 2006, la maison de ventes Lempertz, à Cologne, l'a vendue à la société maltaise Trasteco pour 2,88 millions d'euros, présentée comme une œuvre authentique de 1914. L'affaire est examinée par le cinquième sénat civil sous la référence V ZR 242/24, et une décision est attendue le 15 janvier.
Comment la falsification a été découverte
La fraude a été révélée en 2010, lorsque des examens du tableau ont détecté du blanc de titane, un pigment qui n'était pas utilisé en peinture en 1914. L'acheteur a exigé le remboursement de son argent, et après un litige et un accord, le tableau est revenu à la maison de ventes, qui l'a ensuite revendu comme une œuvre de Beltracchi. Beltracchi a été condamné en 2011 par le tribunal régional de Cologne à six ans de prison, tandis que son épouse Helene a écopé de quatre ans pour sa participation au stratagème. Il a été libéré sur parole en 2015 et peint depuis sous son propre nom. Dans un entretien accordé à la dpa en 2021, il a déclaré avoir réalisé environ 300 faux de plus d'une centaine de peintres, et que certains se trouvent encore dans des musées.
- Lempertz vend le tableau à la société maltaise Trasteco pour 2,88 millions d'euros
- La falsification est révélée après que des tests ont détecté du blanc de titane, un pigment non utilisé en 1914
- Le tribunal régional de Cologne condamne Beltracchi à six ans de prison
- Beltracchi libéré par anticipation sur parole
- La Cour fédérale de justice de Karlsruhe commence à examiner sa demande
- Date prévue pour la décision de la BGH
La question de la propriété
Beltracchi soutient que la propriété aurait dû lui revenir lorsque la vente initiale a été annulée, ce qui aurait signifié que la maison de ventes n'avait pas le droit de revendre le tableau. Les tribunaux de Fribourg et la cour d'appel de Karlsruhe (OLG) ont déjà rejeté cet argument. La présidente du sénat, Bettina Brückner, a expliqué à l'audience qu'il ne peut gagner que s'il parvient à démontrer qu'il a légalement acquis la propriété de l'œuvre. Elle a exposé la chronologie pour la cour : Beltracchi a d'abord autorisé la maison de ventes à transférer la propriété à un acheteur, la société maltaise est devenue propriétaire, puis a décidé de transférer la propriété à la maison de ventes. La question centrale, telle que l'a formulée Brückner, est de savoir à quel moment précis Beltracchi serait redevenu propriétaire.
Les arguments à l'audience
L'avocat de Beltracchi a fait valoir qu'il existe une lacune juridique. Son client, a-t-il dit, n'a jamais accepté que la maison de ventes devienne propriétaire, de sorte que celle-ci a obtenu un bien qu'elle ne détenait pas avant la première vente. L'avocate du nouvel acheteur a répondu qu'après l'« erhebliche Täuschung » (tromperie considérable), la maison de ventes et le faussaire avaient rompu leurs relations, et que la maison ne souhaitait plus agir pour le compte du faussaire. Elle a également soutenu qu'aucune loi ne régit directement la situation, ce qui laisse à la cour le soin de décider comment la propriété a été transférée.
La suite
La BGH a fixé au 15 janvier la date de sa décision. Selon l'évaluation préliminaire rapportée de l'audience, le sénat pourrait renforcer la position de la cour d'appel de Karlsruhe, ce qui laisserait Beltracchi sans le tableau. Jusqu'à la décision, la question de savoir qui détient le titre de propriété de l'œuvre reste ouverte.


