La justice espagnole maintient en détention le philanthrope Fergie Chambers, réclamé par les États-Unis, pour risque de fuite
L'Audiencia Nacional a rejeté l'appel de la défense contre la détention provisoire, estimant que sa capacité économique crée un risque de fuite que la caution et le retrait du passeport ne peuvent compenser. L'audience d'extradition vers les États-Unis n'a pas encore eu lieu.
La décision de la cour
La Sala de lo Penal de l'Audiencia Nacional a rejeté vendredi 9 octobre 2026 l'appel de la défense et confirmé la décision du juge d'instruction Antonio Piña, qui avait refusé une deuxième fois la mise en liberté provisoire le 9 septembre. La cour a retenu avec le parquet qu'un risque de fuite subsiste et a écarté toutes les alternatives proposées par la défense, notamment la caution, la présentation régulière au tribunal et le retrait du passeport. Les juges ne se sont pas prononcés sur le fond de la demande d'extradition, précisant que ces arguments seront examinés lors d'une prochaine audience d'extradition, dont les dates sont présentées comme proches. Chambers, 41 ans, reste pour l'heure incarcéré à la prison d'Aranjuez.
La seule mesure apte à garantir la réussite de la remise, si elle a lieu, est la prison provisoire.
Pourquoi les juges retiennent un risque de fuite
Le raisonnement de la cour repose sur la capacité économique de Chambers. Les juges ont estimé qu'il pourrait s'installer dans un autre pays qui garantirait sa non-remise aux États-Unis, et ils ont qualifié les contrôles aux frontières terrestres d'absolument perméables, de sorte que la remise de son passeport ne suffirait pas. Ils ont également jugé que ses liens revendiqués avec l'Espagne ne compensaient pas ce risque. La défense a produit six mois de loyer prépayé pour sa maison d'Ibiza, un avant-contrat d'achat d'appartement, des documents relatifs à une entreprise de sport sur l'île et des preuves de la présence de sa famille, dont son épouse enceinte et une fille scolarisée en Espagne. La cour a relevé qu'au moment de son arrestation, il n'était en Espagne que depuis 10 jours et que les démarches ultérieures visaient à prouver des attaches qu'il n'avait pas. Chambers a aussi invoqué le principe de spécialité, selon lequel, en cas de remise, il ne pourrait être jugé que pour les infractions énumérées dans la demande d'extradition.
Ce que reprochent les États-Unis
Les autorités américaines estiment que des fonds prétendument envoyés en Tunisie et en Palestine auraient pu aboutir entre les mains d'organisations terroristes, et elles le recherchent également pour blanchiment d'argent. Le mandat d'arrêt d'Interpol retient trois infractions : blanchiment d'argent, émeutes et association de malfaiteurs en vue d'émeutes, passibles au total de jusqu'à 30 ans de prison aux États-Unis. Selon LaVanguardia, la cour a cité le blanchiment d'argent international destiné à promouvoir un soutien matériel à des organisations terroristes étrangères désignées, ainsi que des chefs d'émeute et d'association de malfaiteurs liés à des campagnes d'« action directe » impliquant des violences contre le fabricant d'armes Elbit Systems. La défense, conduite par le cabinet de l'ancien juge Baltasar Garzón, rejette l'ensemble de ces accusations. Elle affirme que les fonds ont été versés à une équipe de football tunisienne, à la construction d'un four et au soutien d'un hôpital en Palestine, et souligne que les États-Unis ne le recherchent pas pour des faits de terrorisme. La défense soutient également que la demande est politiquement motivée et que les comportements relèvent de la liberté d'expression et de manifestation.
Contexte et profil du prévenu
Chambers, héritier d'une fortune de la famille propriétaire du groupe Cox, a été arrêté à Ibiza le 10 juillet. Il y vivait alors avec son épouse, l'actrice et productrice Stella Schnabel. Il nie les faits et affirme être victime d'une persécution politique de l'administration Trump en raison de son soutien à la Palestine et de ses critiques envers Israël. Lors d'une audience le 28 septembre devant le Juzgado Central de Instrucción n° 6, il a refusé son extradition et déclaré avoir choisi de vivre en Espagne parce qu'il est « du bon côté de l'histoire ». La dernière décision de la cour ne tranche pas ce refus, qui sera examiné lors de la future audience d'extradition.
- Chambers est arrêté à Ibiza
- Le juge d'instruction Antonio Piña refuse une deuxième fois la mise en liberté provisoire
- Chambers refuse son extradition lors d'une audience devant le Juzgado Central de Instrucción n° 6
- L'Audiencia Nacional rejette l'appel de la défense et le maintient en prison


