
La Suisse vote sur le plafonnement de la population, un « Brexit suisse » dans un référendum très serré
Les électeurs suisses se rendent aux urnes dimanche pour décider s'il faut inscrire dans la constitution un plafond de population de 10 millions, une proposition que les opposants qualifient d'« initiative du chaos » qui pourrait forcer une sortie du pacte de libre circulation avec l'UE.
La proposition
Le référendum, qualifié d'« initiative pour la durabilité » par le Parti populaire suisse (UDC) de droite, inscrirait un plafond de population rigide dans la constitution. La population résidente de la Suisse s'élève actuellement à 9,1 millions, contre 7,3 millions en 2002, date de l'entrée en vigueur de l'accord de libre-circulation avec l'UE. Selon l'initiative, la population ne doit pas dépasser 10 millions avant 2050, un seuil qui ne devrait pas être atteint avant le début des années 2040. Une fois que le chiffre atteindra 9,5 millions (prévu vers 2031, mais peut-être dès 2029), le gouvernement serait tenu de durcir les règles d'immigration, notamment en matière d'asile et de regroupement familial. Si la population atteint 10 millions et n'est pas ramenée sous la limite dans un délai de deux ans, la Suisse devrait résilier son accord de libre-circulation de 1999 avec l'Union européenne à la date possible la plus proche. L'accord permet aux citoyens de l'UE de vivre et de travailler en Suisse, avec un droit réciproque pour les ressortissants suisses dans le bloc. Pour être adoptée, la proposition nécessite une double majorité des votants et des cantons.
Un électorat divisé
Les sondages d'avant-vote indiquent un résultat extrêmement serré. Un sondage montre 52 % d'opposants et 45 % de favorables, avec un bloc important d'indécis. La campagne a mis en évidence une forte polarisation qui traverse les générations et les milieux. Nils Fiechter, député UDC de 29 ans au parlement cantonal de Berne, estime qu'« une immigration incontrôlée conduit à ce que la Suisse ne soit plus la Suisse ». Il impute la pénurie de logements, les embouteillages et les écoles surchargées directement à l'immigration. Son homologue Helin Genis, social-démocrate au conseil municipal de Berne, qualifie cela de bouc émissaire.
Considérer les problèmes nationaux à travers le prisme de la migration, ajoute-t-elle, « ne mène pas à des solutions, mais à la division ».Ce ne sont pas les migrants qui déterminent le niveau des loyers. Ce ne sont pas les migrants qui augmentent les primes d'assurance maladie. Ce ne sont pas non plus les migrants qui prennent les décisions politiques en matière de logement, d'infrastructures ou d'investissements sociaux.
- Opposés
- 52 %
- Favorables
- 45 %
Activisme en ligne
Une enquête de Blick.ch a révélé l'existence d'un groupe Telegram privé orchestrant des messages pro-initiative. Le groupe, dirigé par un mouvement appelé « Souveraineté Suisse » qui se décrit comme une milice citoyenne, partage des visuels prêts à l'emploi (nombre d'entre eux générés par IA) et des feuilles de route stratégiques pour inonder les sections de commentaires de messages favorables. Les organisateurs affirment vouloir empêcher que l'espace numérique ne soit dominé par le camp du « non », tout en insistant sur le fait qu'ils ne sont pas officiellement liés à l'UDC. Blick a obtenu l'accès en se faisant passer pour un sympathisant et a découvert des dizaines d'utilisateurs diffusant des arguments identiques sous des articles de presse, souvent accompagnés d'images générées par IA signées de la croix suisse ou du nom « Tell ».
Conséquences potentielles
Les dirigeants d'entreprises, les syndicats et tous les grands partis à l'exception de l'UDC se sont opposés à l'initiative. Le gouvernement suisse l'a qualifiée d'« initiative du chaos », avertissant qu'elle priverait les hôpitaux et les hôtels de personnel essentiel et nuirait aux relations avec l'Union européenne à un moment où la Suisse, non membre de l'UE, est déjà entourée d'un paysage géopolitique turbulent. La Suisse a une population vieillissante et dépend fortement des travailleurs étrangers pour pourvoir les emplois. Si le plafond forçait une sortie de l'accord de libre-circulation du bloc, la nation alpine pourrait connaître une perturbation similaire aux pénuries de main-d'œuvre post-Brexit au Royaume-Uni. L'initiative de l'UDC de 2014 visant à réintroduire des quotas d'immigration, bien qu'approuvée par les électeurs, a ensuite été édulcorée par le parlement ; une nouvelle confrontation avec Bruxelles autour d'un plafond constitutionnel strict serait bien plus difficile à gérer.


