
Des députés polonais proposent que les opérateurs télécoms partagent les numéros recyclés pour limiter les virements BLIK mal orientés
Une proposition de loi rédigée par des députés polonais obligerait les opérateurs télécoms à transmettre aux prestataires de services de paiement les listes de numéros de téléphone susceptibles d'être réattribués. L'objectif est d'empêcher que des virements BLIK parviennent à des inconnus ayant repris le numéro d'un ancien titulaire.
Le problème
Un virement BLIK envoyé à un numéro de téléphone peut aboutir sur le compte d'un inconnu lorsque ce numéro a été attribué à quelqu'un d'autre. Dziennik Gazeta Prawna (DGP) a rapporté dans son édition de mardi 13 octobre 2026 que le problème survient lors de virements effectués via les applications mobiles des banques, où le destinataire est identifié par un numéro de téléphone. Le numéro reste lié à un compte après que son titulaire l'a changé ou est décédé, sans que la banque en ait été informée, si bien que le lien entre le numéro et le compte devient obsolète. Les sources qualifient ces virements de virements égarés (zabłąkane przelewy), car l'argent parvient à une personne autre que le destinataire prévu.
Ce que prévoit le projet de loi
La proposition ajoute un nouvel article 396a à la loi sur les communications électroniques (Prawo komunikacji elektronicznej). Elle obligerait les entreprises de télécommunications à fournir aux prestataires de services de paiement ou aux organisations de paiement une liste des numéros de téléphone attribués à des abonnés susceptibles d'être réattribués à d'autres personnes à la fin d'un contrat. Les banques et les opérateurs de paiement seraient donc informés des numéros libérés avant leur réattribution, ce qui leur permettrait de vérifier si un numéro lié à un compte appartient toujours à la bonne personne. Les sources citent deux situations : un client qui change d'opérateur et conserve son numéro, et une personne qui décède sans que la banque en soit informée.
Télécoms et opérateurs de paiement divisés
Les opérateurs télécoms critiquent la proposition, tandis que les prestataires de paiement l'accueillent favorablement. Polski Standard Płatności, l'opérateur du système BLIK, soutient le projet de loi. Jerzy Mroczek, directeur du département juridique de Polski Standard Płatności, juge l'amendement clairement positif, déclarant :
L'objectif est d'accroître la sécurité de tout l'environnement de paiement, y compris les télécoms, qui sont aussi bénéficiaires des paiements.
Piotr Kędzierski, directeur du département réglementation et marché de gros chez T-Mobile Polska, reconnaît l'importance de l'objectif mais conteste la conception de l'obligation. Il note que le projet de loi n'impose cette obligation qu'aux entreprises de télécommunications et soutient que les télécoms ne sont qu'une source de certaines données, et non des fournisseurs de ces services financiers. Il formule son objection ainsi :
Limiter le risque de virements téléphoniques erronés est important, mais la solution proposée (...) fait peser sur les opérateurs télécoms l'obligation de sécuriser des services du secteur financier qu'ils n'ont ni conçus ni fournis.
Le désaccord se résume donc à la question de savoir qui doit supporter les coûts et la responsabilité de la sécurisation des virements par numéro de téléphone. Kędzierski ne conteste pas que le risque sous-jacent est réel et affirme qu'il n'y a aucun doute sur l'objectif du projet de loi.
Questions en suspens
La proposition reste un texte rédigé par des députés et n'est pas encore devenue loi. Les sources ne précisent pas combien de virements ont abouti à de mauvais destinataires, ni ce que coûterait la mise en conformité pour les opérateurs télécoms. Elles n'indiquent pas non plus de calendrier pour l'adoption du texte par le Parlement.

