
Maroc : 29 condamnés dans le procès de la drogue « Sahara Escobar », ancien patron du football et ex-responsables incarcérés
Un tribunal de Casablanca a prononcé des peines d'emprisonnement allant jusqu'à 12 ans contre 29 personnes, dont d'anciens responsables politiques et le président d'un club de football, dans l'affaire de trafic de drogue et de corruption « Sahara Escobar ». Les condamnations du 25 juin marquent la première fois que des personnalités politiques de premier plan sont condamnées pour trafic de stupéfiants au Maroc.
Les verdicts
Jeudi 25 juin, la Cour d'appel de Casablanca a condamné 29 prévenus dans la dite affaire Sahara Escobar. Saïd Naciri, ancien président du Wydad Casablanca et ex-député, a écopé de 10 ans de prison. Abdenbi Bioui, ancien président de région et magnat de la construction, a été condamné à 12 ans. L'ex-député Belkacem Mir, ancien maire de Sidi Allal el Bahroui, a également été condamné à 10 ans. Les autres personnes condamnées ont reçu des peines allant de 2 à 9 ans. Un prévenu a été acquitté, son avocat déclarant ensuite aux journalistes :
J'étais convaincu de son innocence et, Dieu merci, il l'a obtenue. Il est sous le choc car il a assisté au procès chaque semaine pendant plus de deux ans dans des conditions pénibles.
Le réseau
L'affaire a émergé du témoignage du baron de la drogue malien Ahmed Ben Brahim, connu comme le « Pablo Escobar du Sahara ». Actuellement incarcéré à Casablanca, purgeant une peine de 10 ans après son arrestation en 2019, Ben Brahim a accusé plus de 20 ex-députés, membres des forces de sécurité et fonctionnaires de l'aider à acheminer des tonnes de résine de cannabis marocaine à travers l'Afrique du Nord vers l'Europe, parallèlement à des cargaisons de cocaïne latino-américaines. Il a affirmé que ses anciens associés politiques et hommes d'affaires marocains avaient saisi ses propriétés de luxe et ses véhicules pendant qu'il était en prison.
Le procès
Le procès, qui a duré deux ans, a compté plus de 80 audiences, plus de 20 prévenus, 18 témoins et deux parties civiles. Naciri et Bioui, tous deux hauts responsables du Parti Authenticité et Modernité (PAM), membre de la coalition gouvernementale, ont été placés en détention fin 2023. Lors des audiences, Bioui a nié tout lien avec le trafic de drogue et accusé Ben Brahim de mentir. La cour a toutefois jugé les preuves suffisantes. Pour la première fois au Maroc, un procès pour trafic de stupéfiants a impliqué des personnalités politiques de premier plan.
- Naciri et Bioui placés en détention fin 2023.
- Verdict rendu : 29 condamnés, dont des peines de 10 à 12 ans pour les principaux prévenus.
Sanctions financières
Le tribunal a ordonné la saisie des biens des principaux chefs du réseau et infligé de lourdes amendes. Selon EL PAÍS, les trois principaux prévenus doivent payer des dizaines de millions d'euros d'amendes et une indemnité de 400 millions d'euros à l'administration des douanes marocaines. Les avocats de la défense ont plaidé que l'affaire reposait uniquement sur la déclaration d'un narcotrafiquant condamné à la police et manquait de preuves solides. Le verdict peut faire l'objet d'un appel.
Répercussions politiques
Le scandale a atteint les plus hauts niveaux de l'État, le roi Mohammed VI appelant à un code d'éthique juridiquement contraignant visant à « moraliser » la vie parlementaire. Les médias marocains ont rapporté que les familles des condamnés, présentes sans représentation légale en raison d'une grève des avocats, ont pleuré et crié dans la salle d'audience, rendant la lecture des peines partiellement inaudible. Le verdict intervient alors que le PAM, un parti de centre droit, se prépare aux élections législatives dans trois mois.


