
Le Parlement turc adopte une loi de grâce conditionnelle pour le PKK, Öcalan reste en prison
Le Parlement turc a approuvé lundi soir une loi-cadre offrant des suspensions de peine conditionnelles à des milliers de membres du PKK, une étape vers la fin d'un conflit qui a fait plus de 40 000 morts depuis 1984.
Le Parlement approuve la loi-cadre
Le Parlement turc a voté lundi soir 10 août en faveur de la « Loi sur le renforcement de la solidarité nationale et de l'intégration sociale », un projet de loi-cadre déposé par le parti au pouvoir AKP et son allié nationaliste MHP. Les décomptes des votes varient selon les sources : Deutsche Welle rapporte 467 voix sur 592, Ouest France et RFI 468 sur 562, et Neue Zürcher Zeitung 486 sur 600. Le texte a été adopté après douze heures de débat, selon RFI.
Le parti pro-kurde DEM a soutenu le texte mais l'a décrit comme un premier pas nécessitant des réformes supplémentaires. Le parti d'opposition ultranationaliste IYI, qui compte une quarantaine de députés, s'est fermement opposé à la législation. La déléguée de l'IYI Ayyüce Türkeş, fille du fondateur des Loups gris ultranationalistes, a accusé le gouvernement d'avoir précipité le texte au Parlement et critiqué ce qu'elle considérait comme une position trop conciliante envers le fondateur du PKK Abdullah Öcalan, qu'elle a traité de « tueur de bébés ». Une altercation physique a eu lieu lors des consultations, selon Deutsche Welle.
Ce que prévoit la loi
La loi suspend les poursuites pénales et l'exécution des peines pour les membres du PKK non directement impliqués dans des actes violents pendant une période de cinq à dix ans, selon Deutsche Welle et RFI. Neue Zürcher Zeitung rapporte une fourchette de cinq à quinze ans. Si aucune autre infraction terroriste n'est commise pendant la période de probation, les enquêtes peuvent être définitivement closes et les peines considérées comme purgées.
Les mesures ne prennent effet qu'une fois que le Conseil de sécurité nationale confirme officiellement au journal officiel que le PKK s'est entièrement dissous et a remis toutes ses armes et son équipement militaire. Les membres du PKK disposeraient alors de six mois pour demander un allégement de peine. Le processus doit être supervisé par les services de renseignement turcs. Sont exclus ceux qui ont été condamnés pour homicide ou condamnés à la prison à vie avant le 1er juin 2005.
Öcalan reste en prison
L'exclusion signifie que le fondateur du PKK Abdullah Öcalan, emprisonné sur l'île d'İmralı dans la mer de Marmara depuis 1999, reste derrière les barreaux. Sa libération était une revendication centrale du PKK. Le vice-président turc Cevdet Yılmaz a déclaré que le sort d'Öcalan « ne relève pas du champ d'application de cette loi », mais a ajouté qu'il « peut encore contribuer au processus de paix ». Öcalan, âgé de 77 ans, a appelé les membres du PKK à déposer les armes depuis la prison l'année dernière, qualifiant cela de « gain historique ». Le PKK a annoncé sa dissolution en mai 2025 et organisé une cérémonie symbolique de brûlage d'armes dans le nord de l'Irak en juillet 2025.
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Estimations des personnes concernées
Les estimations du nombre de prisonniers qui pourraient bénéficier de la loi varient. Le quotidien turc Ekonomi Gazetesi, cité par Neue Zürcher Zeitung, rapporte qu'environ 3 600 personnes emprisonnées en Turquie pourraient être libérées. RFI, citant des députés turcs, avance le chiffre d'environ 3 500 anciens membres sur près de 10 000 prisonniers dans les prisons turques. Courrier international rapporte qu'entre 3 000 et 4 000 prisonniers politiques pourraient être initialement libérés. La direction opérationnelle du PKK, basée dans les monts Qandil en Irak, a critiqué la loi dans une déclaration publique dimanche, avertissant que de nombreuses dispositions resteraient inefficaces sans la libération d'Öcalan et exigeant des garanties pour les anciens combattants.
Réactions à Diyarbakır
Les habitants de Diyarbakır, la principale ville du sud-est majoritairement kurde de la Turquie, ont réagi avec un mélange de soulagement et de doute. Ali Akdoğan, retraité de 70 ans, a déclaré avoir applaudi le résultat chez lui et exprimé l'espoir que l'économie s'améliore. Hasan Gecti, un commerçant de 56 ans, a déclaré que la stabilité profiterait à la région économiquement et socialement, mais s'est demandé si la question kurde elle-même avait été abordée.
La question kurde a-t-elle été directement résolue ? C'est un peu un point d'interrogation. À mon avis, seul le problème du terrorisme a été résolu.
Vahap Coşkun, professeur de droit à Diyarbakır, a noté que la Turquie a fait 13 tentatives de désarmement du PKK en plus de 30 ans, mais qu'aucune n'avait progressé aussi loin que celle-ci. Il a mis en garde : l'adoption de la loi ne signifie pas que la question kurde est résolue, citant les revendications de reconnaissance de la langue kurde dans la justice et l'éducation. Le conflit entre le PKK et les forces turques a fait plus de 40 000 morts depuis 1984, selon tagesschau, tandis qu'Ouest France et Courrier international rapportent un bilan d'au moins 50 000 morts.


