Hubertz prépare une loi fédérale pour bloquer la socialisation des logements à Berlin
La ministre fédérale de la Construction, Verena Hubertz (SPD), veut une loi contre la socialisation des logements le plus vite possible, alors que Die Linke, vainqueur des élections berlinoises, poursuit son projet visant les grands groupes immobiliers privés.

Une loi fédérale contre la socialisation
La ministre fédérale de la Construction, Verena Hubertz (SPD), a déclaré au portail t-online que le gouvernement veut faire aboutir le plus rapidement possible une loi contre la socialisation des biens immobiliers résidentiels. Le projet de loi sur la protection des investissements doit bloquer des socialisations que la Loi fondamentale autorise, la coalition CDU/CSU-SPD voyant dans ces opérations une menace pour l'Allemagne comme lieu d'investissement. Le chancelier Friedrich Merz (CDU) avait déjà annoncé cette loi avant les élections berlinoises. Hubertz a aussi mis en garde contre un texte précipité, affirmant que la loi devait être juste dans ses détails.
Un travail précipité qui aggrave les choses n'aide personne.
Elle a indiqué que le droit des Länder et le droit fédéral devaient être mis en balance, tout comme les articles 14 et 15 de la Loi fondamentale, qui portent sur la garantie de la propriété et sur la possibilité de socialisation. Le ministère fédéral de l'Intérieur, dirigé par Alexander Dobrindt (CSU), pilote le dossier, tandis que le ministère de la Construction apporte les règles relatives au secteur immobilier. Hubertz a précisé que les détails étaient encore en cours de coordination entre les ministères. Elle a clairement fait savoir qu'elle rejette le concept même de socialisation.
Référendum berlinois et argument des coûts
Die Linke a remporté les élections à la Chambre des députés de Berlin après avoir fait campagne pour la socialisation des grands groupes immobiliers privés, et mène désormais des discussions exploratoires avec le SPD et les Verts. Un référendum berlinois organisé en 2021 avait dégagé une majorité en faveur de la socialisation, environ 59 % des votants s'étant prononcés pour, selon WELT.
- Référendum berlinois : environ 59 % des votants soutiennent la socialisation des grands groupes immobiliers
- L'Union et le SPD s'accordent sur la création d'une société fédérale de logement abordable
- La ministre de la Justice Stefanie Hubig (SPD) critique le projet de socialisation
- Hubertz déclare que la loi sur la protection des investissements doit aboutir le plus vite possible
- Démarrage prévu de la société fédérale de logement
Les dirigeants de Die Linke rejettent ces arguments
Heidi Reichinnek, présidente du groupe parlementaire de Die Linke, a déclaré à RP Online qu'une loi visant à saper le référendum berlinois poserait un grave problème démocratique. Elle a accusé le gouvernement de faire passer les intérêts des grands groupes immobiliers avant ceux des locataires, et affirmé que Merz protégeait les grandes entreprises. Sören Pellmann, coprésident du groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag, a qualifié l'argument de Hubertz de « faux argument » destiné à tromper la population, et affirmé que les grands groupes immobiliers ne construisent presque pas. Il a soutenu que plus l'offre se resserre, plus le loyer et le rendement des bailleurs augmentent.
Une loi qui vise uniquement à torpiller la mise en œuvre du référendum berlinois révèle une conception extrêmement douteuse de la démocratie.
Luigi Pantisano, président du parti, a déclaré à WELT que le SPD avait perdu sa boussole politique et a qualifié Hubertz de « patronne du lobby immobilier ». Il veut limiter la puissance de marché des grands groupes immobiliers et remettre des logements entre des mains publiques. Pellmann a également accusé Merz de se soucier davantage des profits du lobby des bailleurs que de la lutte contre la pauvreté en matière de logement.
Une société fédérale de logement à partir de 2027
Hubertz a présenté les contours d'une société fédérale de logement qu'elle prépare avec le ministre des Finances Lars Klingbeil (SPD), qui devrait démarrer en 2027. Le concept doit être présenté à l'automne, et l'Union et le SPD se sont accordés début juillet sur la création d'une société dédiée au logement abordable. L'État fédéral détiendrait 51 % des parts et des partenaires externes 49 %, ces derniers pouvant venir de l'économie privée ou de sociétés de logement municipales et régionales. Hubertz a indiqué que l'État fédéral pourrait passer de grosses commandes pour obtenir des avantages de prix et qu'il apporterait à ce financement sa notation AAA. Elle a souligné que la structure devrait être légère et non une nouvelle administration.
Les économistes doutent du projet
L'Institut de macroéconomie et de recherche conjoncturelle (IMK) de la fondation Hans Böckler a mis en garde, dans une étude, contre de « grands risques constitutionnels », la Loi fondamentale attribuant la construction de logements aux Länder et non à la fédération. Les auteurs de l'étude, le directeur de l'IMK Sebastian Dullien et l'ancien sénateur berlinois aux Finances Matthias Kollatz, jugent ces projets discutables. Ils proposent plutôt que la fédération crée un nouveau pilier de financement, par exemple via la banque de développement KfW, pour le logement abordable. Le projet de Hubertz et l'offensive de socialisation de Die Linke s'opposent désormais dans un débat que façonneront les négociations de coalition à Berlin.

