
Une étude avertit qu'un Français sur dix risque l'insécurité alimentaire d'ici dix ans
Une étude portant sur 5,5 millions de bénéficiaires des Restos du Cœur montre que l'extrême pauvreté en France a augmenté de 37 % entre 2018 et 2025, sous l'effet de l'inflation et des coûts du logement.
Ampleur de l'extrême pauvreté et de l'insécurité alimentaire
Une étude publiée le 5 octobre 2026 par cinq économistes en Europe et aux États-Unis indique qu'une personne sur dix en France risque de basculer dans l'insécurité alimentaire au cours de la prochaine décennie. Le rapport, intitulé « L'extrême pauvreté dans les pays riches : Analyse empirique sur données françaises », analyse les données de l'association Restos du Cœur portant sur 5,5 millions de personnes aidées entre 2018 et 2025. Sur cette période de sept ans, le nombre total de personnes vivant dans l'extrême pauvreté a augmenté de 37 %. Les distributions annuelles de repas ont atteint 1,3 million de bénéficiaires en 2025, contre 900 000 avant la crise sanitaire du Covid-19. Alexandre Gaillard, professeur assistant d'économie à l'université Brown et membre associé de la Toulouse School of Economics, a présenté les résultats lors d'une conférence de presse.
Gaillard a expliqué pourquoi l'extrême dénuement a historiquement fait l'objet de peu d'évaluations quantitatives.
Le phénomène reste un angle mort des études économiques.
Vulnérabilité résidentielle et profils démographiques
L'insécurité résidentielle a progressé de 62 % en France entre 2018 et 2025, une personne sur 200 étant aujourd'hui sans domicile ou privée de logement personnel. Au sein de la cohorte des bénéficiaires des Restos du Cœur, 40 % vivent dans des conditions de logement précaires, ce qui inclut les hébergements d'urgence, les hébergements temporaires chez des tiers et la vie à la rue. Environ 50 % des bénéficiaires de l'association vivent dans les centres-villes, contre 30 % dans l'ensemble de la population française. Les enfants de zéro à neuf ans représentent 25 % des personnes confrontées à l'insécurité résidentielle, contre 10 % dans la population générale. Lors de la saison 2024-2025, 50 % des personnes aidées avaient moins de 25 ans, tandis que 23 % des ménages soutenus étaient des familles monoparentales.
- Croissance de l'extrême pauvreté
- 37 %
- Croissance de l'insécurité résidentielle
- 62 %
- Hausse du sans-abrisme attribuée à l'inflation
- 52 %
Facteurs économiques et trajectoires de sortie
Les chercheurs ont examiné les indicateurs économiques locaux afin d'isoler les variables qui font basculer les ménages dans la pauvreté ou leur permettent d'en sortir. L'inflation générale est responsable de 52 % de la hausse du sans-abrisme observée depuis 2018, tandis que la hausse des loyers et le chômage se sont révélés des déclencheurs décisifs. Selon la modélisation économétrique, une hausse de 10 % du taux de chômage entraîne une augmentation de 13 % de l'insécurité alimentaire et de 10 % de l'insécurité résidentielle. Les bénéficiaires sont soutenus par l'association pendant une durée moyenne de 18 mois, ce qui traduit un renouvellement continu de la population aidée. Parmi les personnes recevant une aide alimentaire, 90 % sont sans emploi, dont 11 % de retraités, 10 % de personnes en situation de handicap et 3 % d'étudiants inscrits.
Gaillard a décrit les durées variables pendant lesquelles les personnes dépendent des réseaux d'aide alimentaire.
La majorité quittent l'aide alimentaire au bout d'un an et une minorité de 14 % y reste plus de trois ans.
Leviers de politique publique et réponse structurelle
L'étude a évalué les leviers de politique publique susceptibles d'inverser ou de contenir ces dynamiques de pauvreté. Les interventions portant sur la stabilité des prix, l'accès au logement social et la création d'emplois ont montré des effets directs mesurables sur les trajectoires des bénéficiaires. Une augmentation de 10 % du stock de logements sociaux par habitant réduit le sans-abrisme d'environ 8 %. Les chercheurs concluent que des mesures budgétaires et structurelles ciblées sur les marchés du logement et de l'emploi peuvent prévenir le dénuement sévère avant que les ménages n'aient besoin d'une aide d'urgence.
- Avant la pandémie
- 900000
- 2025
- 1300000

