
Des archéologues mettent au jour un rempart gaulois de 22 mètres sous l'Île de la Cité à Paris
Des archéologues qui fouillent les cours de l'Hôtel-Dieu de Paris, sur l'Île de la Cité, ont mis au jour un mur de pierre et de bois de 22 mètres datant de 200 av. J.-C. à 10 av. J.-C., apportant une preuve matérielle de l'existence de Lutèce pré-romaine.
Fouilles sous l'Hôtel-Dieu
Des archéologues qui fouillent sous l'Hôtel-Dieu de Paris, sur l'Île de la Cité, ont mis au jour une section de 22 mètres d'un rempart de pierre et de bois. Les fouilles ont débuté en février 2026 dans deux cours du complexe hospitalier, sous la supervision du Service archéologique de la Ville de Paris (DHAAP) et de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Les travaux ont été commandés par la Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France dans le cadre d'un projet de restructuration géré par l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Située à quatre mètres sous la surface, la structure repose à côté de la cathédrale Notre-Dame, dans le quartier central de la capitale.
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a présenté la découverte mercredi en compagnie de responsables culturels.
C'est la plus grande découverte archéologique de l'histoire de Paris, la trace de Lutèce avant l'invasion romaine, décrite par Jules César dans La Guerre des Gaules.
Construction du rempart et vestiges brûlés
La fortification mise au jour combine des blocs de pierre avec des poutres en bois horizontales et perpendiculaires, une technique caractéristique des oppida gaulois de la fin de l'âge du fer. Mesurant environ 22 mètres de long, un mètre de haut et deux mètres d'épaisseur, le mur était renforcé sur sa face intérieure par une plateforme artificielle de sable et de gravier de près de deux mètres d'épaisseur. Les équipes de fouille ont également retrouvé une pointe de lance gauloise et une pièce de monnaie près de la base du mur.
- Longueur
- 22 m
- Épaisseur
- 2 m
- Hauteur
- 1 m
- Profondeur sous le sol
- 4 m
Le mur présente des marques de brûlure visibles sur son parement en pierre, accompagnées de graines carbonisées et des vestiges d'un bâtiment en bois brûlé situé directement devant la maçonnerie. Les premières datations au radiocarbone des éléments en bois conservés ont donné une fourchette comprise entre 200 av. J.-C. et 10 av. J.-C. Cette fenêtre chronologique englobe la bataille de Lutèce de 52 av. J.-C., au cours de laquelle, selon les récits romains, la tribu gauloise des Parisii aurait incendié son établissement pour le soustraire aux légions romaines en marche de Jules César.
- Début des fouilles dans deux cours de l'Hôtel-Dieu
- Les archéologues mettent au jour le mur de pierre et de bois de 22 mètres
- Le ministère de la Culture et les responsables parisiens présentent la découverte à la presse
Débat sur le site originel de Lutèce
La découverte relance un débat historique de longue date concernant le berceau géographique de Paris. Dans son commentaire sur la Guerre des Gaules, Jules César décrit Lutèce comme un établissement insulaire situé dans un méandre de la Seine, relié au continent par des ponts. En raison de l'absence de preuves matérielles concluantes sur l'Île de la Cité, plusieurs archéologues avaient auparavant soutenu que Lutèce gauloise se trouvait dans l'actuelle Nanterre, une banlieue ouest de Paris où d'importants vestiges de la fin de l'âge du fer ont été identifiés.
La ministre française de la Culture, Catherine Pégard, a déclaré que si les découvertes fournissent des preuves convaincantes d'un établissement sur l'Île de la Cité, des analyses supplémentaires sont prévues pour établir le plan complet du site.
Nous sommes peut-être en présence de l'un des vestiges les plus importants jamais découverts pour la compréhension de Lutèce gauloise. La prudence scientifique exige encore que nous vérifions sa fonction et sa chronologie, mais la convergence des preuves est particulièrement remarquable à ce stade.
Prochaines étapes de l'analyse archéologique
Des spécialistes de l'Inrap et du service archéologique municipal poursuivront les fouilles stratigraphiques et les analyses en laboratoire pour confirmer la fonction exacte du mur. Les chercheurs prévoient de nouvelles analyses dendrochronologiques et au radiocarbone des échantillons de bois carbonisés afin de déterminer si l'incendie a coïncidé précisément avec les événements de 52 av. J.-C. Les résultats seront intégrés aux recherches documentant la transition entre les établissements tribaux gaulois et le centre urbain romain ultérieur qui s'est étendu sur l'Île de la Cité et la rive gauche de la Seine au cours du premier siècle de notre ère.


