Un humoriste turc placé en détention provisoire après avoir traité Erdogan de « dictateur » dans un spectacle viral
Deniz Goktas a été arrêté à l'aéroport d'Istanbul et placé en détention provisoire par un tribunal turc pour insultes au président Erdogan et aux valeurs religieuses, après que sa vidéo YouTube a cumulé des millions de vues et des centaines de plaintes.
Arrestation et inculpation
Deniz Goktas, humoriste de stand-up turc âgé de 32 ans, a été interpellé à l'aéroport d'Istanbul jeudi après être rentré de vacances à l'étranger. Les procureurs l'ont interrogé et un tribunal l'a placé en détention provisoire vendredi pour insultes aux valeurs religieuses et au président Recep Tayyip Erdogan. L'agence d'État Anadolu a rapporté l'arrestation officielle, tandis que l'avocat de Goktas, Metin Aslan, a confirmé que l'insulte au président figurait parmi les chefs d'inculpation.
Le spectacle devenu viral
Le spectacle, intitulé « Ölü Deniz » (Mer Morte), a été enregistré dans un lieu en plein air à Istanbul le 1er juin et mis en ligne sur YouTube le 24 juin. Vendredi, la vidéo avait cumulé environ 9,5 millions de vues, des extraits circulant également sur X et Instagram. Dans son numéro, Goktas a décrit Erdogan comme étant passé d'un « dictateur timide » à un dictateur « sûr de son identité » et a plaisanté sur le fait d'être le psychologue du président. Il a également fait des références au Coran que des groupes conservateurs et les procureurs ont jugées blasphématoires.
- Goktas enregistre le spectacle de stand-up « Ölü Deniz » dans un lieu en plein air à Istanbul.
- La vidéo de la performance est mise en ligne sur YouTube.
- Le parquet d'Istanbul ouvre une enquête après avoir reçu des plaintes.
- Goktas est interpellé à l'aéroport d'Istanbul à son retour de vacances à l'étranger.
- Un tribunal place Goktas en détention provisoire pour insultes au président et aux valeurs religieuses.
Plaintes et réaction officielle
Les autorités ont reçu entre 185 et environ 200 plaintes concernant la vidéo, selon différentes sources. Le parquet d'Istanbul a indiqué avoir identifié des expressions pénales dans le contenu et ouvert une enquête. La direction des affaires religieuses turque, sans nommer Goktas, a utilisé son prêche du vendredi lu dans toutes les mosquées pour mettre en garde contre le fait que « la moquerie de nos valeurs sacrées sous couvert d'humour » éloignait les enfants de leurs valeurs.
Une répression plus large
Cette arrestation intervient dans un contexte de durcissement général de l'espace de contestation en Turquie. Ces dernières semaines, plus de 200 personnes ont été arrêtées avant le sommet des chefs d'État de l'OTAN à Ankara les 7 et 8 juillet, a rapporté la BBC, et les autorités ont interdit les manifestations dans la capitale jusqu'au 10 juillet. Journalistes, avocats, universitaires et militants écologistes figurent parmi les personnes ciblées. Le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, principal rival politique d'Erdogan, est emprisonné depuis mars dernier pour des accusations de corruption.
Le harcèlement judiciaire contre la liberté d'expression en Turquie est devenu une pratique systématique.
Déni et soutien
Dans sa déclaration aux procureurs, Goktas a nié avoir eu l'intention de dégrader les valeurs religieuses ou d'insulter le président, affirmant que son approche était satirique et que traiter Erdogan de dictateur était une définition politique, non une insulte. Des dizaines de partisans se sont rassemblés devant le tribunal en scandant des slogans antigouvernementaux, selon le quotidien d'opposition Cumhuriyet. Goktas avait écrit plus tôt sur les réseaux sociaux qu'il rentrerait en Turquie si sa présence était requise, et il l'a fait.


