
L'OIT adopte le premier traité contraignant pour protéger les travailleurs des plateformes numériques dans le monde
L'Organisation internationale du travail a adopté la première convention internationale contraignante établissant des normes du travail pour les travailleurs des plateformes numériques, des livreurs aux chauffeurs de taxi, après deux ans de négociations à Genève.
Le vote
Les membres de l'OIT ont adopté la « Convention sur le travail décent dans l'économie de plateforme » lors de la 114e Conférence internationale du travail à Genève, vendredi 12 juin 2026. Le résultat final était de 406 voix pour, 8 contre et 36 abstentions. Le traité entrera en vigueur un an après sa ratification par au moins deux États membres.
- Pour
- 406
- Contre
- 8
- Abstentions
- 36
Protections prévues
La convention s'applique à toutes les plateformes de travail numériques et à tous les travailleurs de plateforme, qu'ils soient classés comme salariés ou comme entrepreneurs indépendants. Elle oblige les États ratificateurs à garantir les droits fondamentaux du travail : liberté d'association, négociation collective, élimination du travail forcé, abolition du travail des enfants et un environnement de travail sûr et sain. Les travailleurs obtiennent un droit de retrait en cas de danger grave et doivent être protégés contre la violence ou le harcèlement en ligne. Les employeurs devront garantir l'accès à la sécurité sociale, au salaire minimum, aux congés de maladie, aux soins de santé, au paiement intégral et en temps voulu, ainsi qu'à un traitement transparent des systèmes automatisés et des données personnelles.
Pour la première fois dans l'histoire du droit international, les femmes et les hommes qui font bouger nos villes, qui nettoient et prennent soin dans nos foyers… seront nommés, reconnus et protégés par une norme internationale contraignante.
Réactions des gouvernements et des syndicats
L'ambassadrice suisse Valérie Berset Bircher, rapporteuse de la convention, a qualifié le résultat d'« historique » et d'« important » face aux nouvelles technologies. « L'OIT a montré sa capacité à répondre aux réalités émergentes », a-t-elle déclaré aux délégués après dix jours de discussions. Le directeur général de l'OIT, Gilbert Houngbo, a déclaré que des millions de travailleurs attendaient le résultat et a ajouté : « Nous ne pouvions pas les décevoir. »
Le représentant du Brésil a déclaré à l'assemblée plénière qu'environ 2 millions de travailleurs dans le pays verront leurs perspectives d'avenir, leur dignité et leur autonomie renforcées. Jeroen Beirnaert, directeur politique de la Confédération syndicale internationale, a qualifié la convention de « progrès majeur » répondant à une transformation profonde du monde du travail.
Points de vue divergents sur la mise en œuvre
Bien que le texte ait été adopté dans son ensemble, plusieurs grandes économies ont souligné la nécessité d'une flexibilité nationale. Le délégué de l'Inde a appelé à une « flexibilité pour les États membres afin de concevoir et d'adapter les politiques en fonction de leur contexte socio-économique et de leur développement technologique », arguant que cela était particulièrement important pour les micro, petites et moyennes entreprises et les start-ups. Le Bangladesh et les États-Unis ont fait écho à cette position. Le représentant des États-Unis a mis en garde contre le fait que « des règles trop rigides entravent l'innovation et nuisent aux travailleurs mêmes qu'elles sont censées aider », exhortant à la plus grande prudence avant d'adopter des réglementations contraignantes dans des secteurs en évolution rapide.
Elle respecte les systèmes juridiques nationaux et permet aux pays de déterminer le statut d'emploi conformément à leurs propres lois et critères établis.
Le secrétaire général de l'OIE, Roberto Su, s'est félicité de la flexibilité intégrée au cadre, notant qu'il laisse le statut d'emploi à la législation nationale. La convention ne prescrit pas une classification uniforme de l'emploi, permettant à différentes traditions juridiques de coexister.


