
Le gouvernement Tomac face à un rejet quasi certain : le président Nicușor Dan prépare des plans de secours pour la crise politique roumaine
Le gouvernement de spécialistes proposé par Eugen Tomac se dirige vers une défaite quasi certaine au Parlement la semaine prochaine, le PNL et l'USR refusant leur soutien et le PSD prévoyant de s'abstenir. Le président Nicușor Dan prépare déjà des scénarios alternatifs pour sortir du blocage politique qui dure depuis un mois.
La bataille difficile de Tomac
Eugen Tomac, le Premier ministre désigné, poursuit sa candidature pour un vote de confiance parlementaire malgré un défi arithmétique quasi insurmontable. Son cabinet de spécialistes a besoin de 233 voix pour être adopté, mais le Parti national libéral (PNL) et l'Union sauvez la Roumanie (USR) ont publiquement refusé de soutenir tout gouvernement lié au Parti social-démocrate (PSD). L'Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) a également retiré son soutien, exigeant un gouvernement avec des ministres politiques incluant ses propres membres.
Je suis confiant, je suis ouvert, je suis extrêmement déterminé à suivre cette voie à laquelle je me suis engagé, car il est de ma responsabilité d'essayer de convaincre tous les partis politiques qu'il est temps de faire un pas en avant pour la Roumanie.
Tomac a obtenu le soutien du groupe parlementaire des minorités nationales, mais ce soutien seul est insuffisant. Des sources au sein du PSD indiquent que le parti ne votera pas unanimement pour le cabinet si le PNL et l'USR ne signalent pas également leur soutien, deux options étant à l'étude : une abstention collective ou un vote libre permettant à chaque député de décider. Le vote d'investiture devrait être programmé les 15 et 16 juin.
Plan B : un gouvernement politique dirigé par Sorin Grindeanu
Les chances de Tomac étant décrites comme extrêmement minces par de multiples sources, le président Nicușor Dan prépare une nomination de second tour. Le premier plan de secours consiste à abandonner l'approche technocratique au profit d'un gouvernement politique. Le PSD serait prêt à prendre les rênes, proposant l'ancien Premier ministre Sorin Grindeanu comme nouveau candidat. Cette option risque toutefois un blocus total, le PNL et l'USR ayant annoncé qu'ils passeraient dans l'opposition plutôt que de gouverner aux côtés du PSD.
Après la première tentative, nous devons voir comment avancer, mais à ce stade, nous ne pouvons pas spéculer sur ce qui va se passer. Si le gouvernement Tomac tombe ou s'il renonce à son mandat, alors les partis politiques doivent demander une consultation avec le président et tous les partis doivent faire des propositions de Premiers ministres, car nous en sommes à la deuxième tentative.
Un troisième scénario, décrit comme un gouvernement hybride mêlant spécialistes et personnalités politiques du PSD et de l'UDMR, est également en discussion. Cette majorité fragile reposerait sur la coalition d'urgence actuelle, les minorités et les députés sans étiquette.
La stratégie de Cotroceni : reconstruire l'ancienne coalition
La voie privilégiée par le président Nicușor Dan, selon des sources politiques, est de reconstruire la coalition PSD-PNL-USR-UDMR qui gouvernait avant la motion de censure. Selon ce plan, le nouveau gouvernement serait dirigé par un proche du président plutôt que par une personnalité politique. Deux noms circulent : Radu Burnete, le conseiller économique du président, et Alexandru Nazare, l'actuel ministre des Finances.
Nous avons pris des décisions. Je ne pense pas que quoi que ce soit puisse changer demain.
Le président a déjà tenté de faire évoluer les positions du PNL et de l'USR, mais s'est heurté à une résistance ferme des deux directions de partis. Une révolte interne au sein du PNL contre la position d'opposition d'Ilie Bolojan a échoué, seuls quatre membres de la direction du parti soutenant un retour à la coalition avec le PSD. La direction élargie du PNL doit se réunir jeudi à 10h00 pour discuter de l'orientation du parti, avec la possibilité d'un congrès extraordinaire pour décider de se joindre à un gouvernement dirigé par le PSD ou de rester dans l'opposition.
Pression économique et échéances externes
La Roumanie est en crise gouvernementale depuis plus d'un mois, depuis que la motion de censure PSD-AUR a renversé le gouvernement Bolojan. Le pays est confronté à des étapes cruciales dans le cadre de son Plan national de relance et de résilience (PNRR) qui doivent être atteintes d'ici le 31 août pour obtenir des fonds européens vitaux. De plus, Fitch a annoncé un examen de la note de la Roumanie le 31 juillet, et l'absence d'un gouvernement disposant de tous ses pouvoirs à cette date devrait influencer négativement la décision de l'agence.
- La motion de censure PSD-AUR renverse le gouvernement Ilie Bolojan
- Eugen Tomac finalise la liste ministérielle et poursuit les consultations des partis
- La direction élargie du PNL se réunit pour discuter de l'orientation du parti sur la participation au gouvernement
- Vote d'investiture pour le cabinet Tomac attendu au Parlement (15-16 juin)
- Examen de la note de la Roumanie par Fitch ; l'absence d'un gouvernement disposant de tous ses pouvoirs peut avoir un impact sur la décision
- Date limite pour les jalons critiques du PNRR afin d'obtenir les fonds de l'UE
La suite
Tomac insiste sur le fait qu'il n'abandonnera pas son mandat et qu'il mènera ses consultations avant de présenter ses conclusions et le calendrier proposé au président Nicușor Dan. Le vote d'investiture est attendu la semaine prochaine, son échec devant probablement déclencher un second tour de consultations présidentielles. L'issue dépend de la question de savoir si le PNL et l'USR maintiennent leur rupture définitive avec le PSD ou si la dissidence interne et la pression extérieure forcent un réexamen de la situation.


