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Diplomatie·-4 h

Un manifestant tué par balle au Kenya alors que la colère contre un centre de quarantaine américain pour Ebola ressurgit

La police kenyane a affronté mardi des centaines de manifestants à Nanyuki, tuant au moins une personne, alors que la colère populaire s'intensifie contre un centre de quarantaine construit par les États-Unis pour les Américains exposés à Ebola.

Une deuxième vague de manifestations meurtrières

La violence est revenue mardi dans la ville kenyane de Nanyuki, alors que la police a tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles sur des manifestants opposés à un centre de quarantaine américain pour Ebola. Un journaliste de l'AFP a vu un homme gisant immobile avec une balle dans la tête. Hussein Khalid, directeur de l'organisation d'aide Vocal Africa, a confirmé son décès. La Croix-Rouge a rapporté qu'une autre personne a été blessée par une grenade lacrymogène. Des dizaines de personnes ont été arrêtées, certaines par des policiers en civil.

Sa mort est confirmée.

C'est la deuxième manifestation en deux semaines. Le 1er juin, deux personnes avaient été tuées lors de précédentes protestations contre le centre, selon des organisations de défense des droits humains. Mardi, les manifestants ont érigé des barricades et lancé des pierres sur les forces de sécurité, qui ont répondu par des gaz lacrymogènes et des canons à eau avant que des coups de feu ne retentissent. Certains manifestants portaient un cercueil factice, tandis que d'autres portaient des combinaisons de protection médicale.

Le centre de quarantaine de la base aérienne de Laikipia

L'unité de 50 lits proposée est construite sur la base aérienne de Laikipia, à la périphérie de Nanyuki, à environ 200 kilomètres de Nairobi. Elle est destinée aux citoyens américains qui ont eu une exposition à haut risque à Ebola en République démocratique du Congo, en Ouganda ou au Soudan du Sud, mais qui restent asymptomatiques. Les patients qui développeraient des symptômes seraient envoyés ailleurs pour y être soignés, ont précisé des responsables américains.

Des images satellites vues par Reuters montrent une accumulation croissante de tentes blanches sur une parcelle d'environ 0,046 kilomètre carré dégagée au sein de la base depuis le 27 mai. Des avions militaires américains ont continué à acheminer du personnel et de l'équipement malgré une ordonnance de la Haute Cour kenyane du 28 mai suspendant la construction. Les données de suivi des vols indiquent que plusieurs autres avions sont attendus cette semaine.

Chronologie du conflit autour du centre de quarantaine de Nanyuki
  1. Des images satellites montrent le début du défrichage à la base aérienne de Laikipia. Le secrétaire Rubio déclare que les États-Unis « ne peuvent pas et ne permettront pas » que des cas d'Ebola entrent dans le pays.
  2. La Haute Cour kenyane ordonne la suspension de la construction.
  3. Premières manifestations à Nanyuki virent au drame ; deux personnes tuées selon des organisations de défense des droits humains.
  4. Deuxième vague de manifestations éclate. La police tire des gaz lacrymogènes et des balles réelles ; au moins un manifestant abattu.

L'Amérique d'abord face à la colère locale

L'administration Trump a présenté le centre comme un élément central de sa réponse à Ebola. Le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré lors d'une réunion du Cabinet le 27 mai que la priorité numéro un de la politique étrangère américaine est de protéger le peuple américain. Le département d'État a ensuite précisé que les Américains qui tomberaient malades pourraient retourner aux États-Unis pour y être traités, mais les responsables restent engagés en faveur du centre de quarantaine.

Nous ne pouvons pas et ne permettrons pas que des cas d'Ebola entrent aux États-Unis.

Les États-Unis ont engagé plus de 200 millions de dollars d'aide directe pour l'épidémie d'Ebola, chaque communiqué de presse notant que l'aide s'inscrit dans la doctrine de l'Amérique d'abord. Par ailleurs, 13,5 millions de dollars ont été engagés pour le Kenya afin de soutenir ses propres efforts de réponse à Ebola.

Le gouvernement kenyan soutient le projet, les tribunaux s'y opposent

Le président William Ruto a défendu le projet, arguant que le Kenya doit son soutien aux États-Unis et que rejeter la demande serait inhumain. Il a déclaré avoir donné son accord lorsque le président Trump a demandé la coopération du Kenya, invoquant un partenariat de plusieurs décennies.

Quand le président Trump a demandé au gouvernement du Kenya de le soutenir en ayant un centre... j'ai donné mon accord parce que c'était un accord et un partenariat avec des amis qui travaillent avec le Kenya depuis 30, 40 ans.

Les députés de l'opposition ont accusé le gouvernement de mépriser les intérêts de sa propre population et de céder à la pression américaine. Le syndicat des médecins a également vivement critiqué le plan, déclarant qu'il ne resterait pas les bras croisés pendant que le Kenya est utilisé comme station de quarantaine pour un pathogène mortel. Le Kenya n'a jamais enregistré de cas d'Ebola.

Craintes locales de contagion et de dommages économiques

Les habitants de Nanyuki craignent que le centre n'apporte le virus directement à leurs familles. On s'inquiète également des retombées économiques : la ville est une porte d'entrée pour les safaris, la randonnée et les expéditions dans le parc national du mont Kenya. Une manifestante de 47 ans, Priscilla Waimani, enveloppée dans un drapeau kenyan, a déclaré à l'AFP qu'elle était mécontente de la décision américaine de construire un centre de quarantaine dans son pays.

Laikipia n'est pas une décharge.

Le département d'État américain a déclaré que le Kenya avait été choisi en raison de sa proximité, de la capacité limitée des aéroports dans la région et de la nécessité d'évaluer et d'aider les Américains en temps utile. Les responsables kenyans ont affirmé que le centre servirait également aux Kenyans et à d'autres ressortissants étrangers, mais les responsables américains ne l'ont pas confirmé.

Nanyuki · Nairobi

8 sources

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