
La Cour suprême espagnole ouvre la voie à une signalisation bilingue dans plus de 5 000 écoles catalanes
La Cour suprême espagnole a annulé une instruction du gouvernement catalan qui interdisait l'utilisation de l'espagnol dans la signalisation des écoles publiques de Catalogne, une décision qui affecte plus de 5 000 établissements scolaires et pourrait imposer une signalisation bilingue dans toute la région.
La Cour suprême espagnole a annulé une instruction du gouvernement catalan qui interdisait l'utilisation de l'espagnol sur les panneaux, affiches et murs des écoles publiques de Catalogne, ouvrant la voie à une signalisation bilingue obligatoire dans plus de 5 000 établissements scolaires de la région. Le jugement, daté du 1er juillet 2026 et rendu public le 13 juillet, marque la première fois que la haute cour se prononce sur la langue de la signalisation scolaire, et il pourrait entraîner un changement logistique important dans le système d'éducation publique catalan.
La réglementation contestée
La disposition annulée faisait partie des instructions de la Generalitat pour l'année scolaire 2022-2023, renouvelées par la suite, et stipulait que toute la signalisation dans les écoles publiques devait être exclusivement en catalan, avec l'occitan dans le Val d'Aran et la langue des signes catalane le cas échéant. Le gouvernement régional a soutenu que l'utilisation exclusive du catalan dans les espaces physiques ne constituait pas une interdiction de l'espagnol, mais plutôt un choix positif des langues de référence du système éducatif. Le Tribunal supérieur de justice de Catalogne (TSJC) avait auparavant accepté ce raisonnement, estimant que les panneaux ne faisaient pas partie de l'activité d'enseignement et n'étaient donc pas soumis à l'exigence d'enseignement bilingue.
Le raisonnement de la cour
La Cour suprême n'a pas été du même avis, estimant que l'environnement physique d'une école (son « scénario » ou « paysage ») fait partie intégrante de l'éducation.
L'enseignement ne peut se limiter à ce qui est transmis dans les salles de classe, ni aux manuels et autres supports pédagogiques.
L'arrêt déclare que la langue utilisée sur les panneaux et les affiches façonne la vision transmise aux élèves. « Il n'est pas équivalent, du point de vue de la vision des choses transmise aux élèves, un espace physique où les panneaux et les affiches sont uniquement dans l'une des deux langues de la communauté autonome concernée », indique la décision. L'exclusion de l'espagnol, ajoute la cour, « affecte négativement la langue véhiculaire de l'enseignement » et viole le principe constitutionnel de coofficialité. La cour a également souligné que l'exclusion de l'espagnol « constitue un moyen de communiquer avec les personnes qui y accèdent » et n'est donc pas exemptée de l'obligation de respecter les deux langues officielles.
Conséquences immédiates
La décision de la Cour suprême annule la disposition spécifique et ouvre la voie à des contestations judiciaires qui pourraient exiger que toutes les écoles publiques de Catalogne intègrent l'espagnol aux côtés du catalan sur chaque panneau, étiquette de porte, tableau d'affichage et affiche de couloir. Il y a plus de 5 000 établissements de ce type, selon la portée de l'arrêt, et aucune période transitoire n'a été indiquée. Les administrations scolaires pourraient devoir remplacer ou compléter les panneaux monolingues existants, une opération potentiellement coûteuse. La Generalitat n'a pas encore répondu publiquement à l'arrêt.
- La Generalitat publie une instruction réservant la signalisation scolaire exclusivement au catalan, à l'occitan et à la langue des signes catalane.
- Le Tribunal supérieur de justice de Catalogne confirme la règle de signalisation, considérant que les panneaux ne font pas partie de l'activité éducative.
- La Cour suprême annule la disposition, déclarant que l'espace physique fait partie intégrante de l'enseignement et que l'espagnol ne peut être exclu.
Des tensions linguistiques plus larges
L'affaire a été portée par l'Assemblée pour une école bilingue (AEB), une organisation qui a contesté à plusieurs reprises le modèle d'immersion catalan devant les tribunaux. L'arrêt s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle qui remonte à la décision de 2010 du Tribunal constitutionnel sur le statut d'autonomie, qui a entamé le démantèlement progressif du système d'immersion en place depuis les années 1980. La décision de la Cour suprême souligne que l'espagnol, en tant que langue officielle, ne peut être exclu d'aucun canal de communication entre les autorités publiques et les citoyens, y compris la signalisation scolaire. Le verdict risque de raviver le débat sur la politique linguistique dans l'éducation catalane et constitue un précédent juridique solide selon lequel l'espace physique des écoles publiques fait partie de l'activité éducative, et donc soumis à l'obligation d'enseignement bilingue.


