
Les moustiques peuvent apprendre à aimer le DEET : une étude montre que le répulsif pourrait devenir attractif par conditionnement
Des expériences en laboratoire suggèrent que les moustiques Aedes aegypti peuvent être conditionnés à rechercher la peau traitée au DEET, ce qui soulève des questions sur l’efficacité à long terme des répulsifs.
Contexte
Pendant huit décennies, le N,N-diéthyl-méta-toluamide (DEET) a été la référence absolue en matière de répulsifs anti-insectes, recommandé dans le monde entier pour éloigner les moustiques vecteurs de maladies mortelles comme la dengue, le paludisme, le Zika et la fièvre jaune. Bien que son mécanisme exact reste débattu, on pense que le DEET est désagréable pour les moustiques ou qu’il bloque leur capacité à détecter les humains.
Conditionnement pavlovien
Une étude publiée dans le Journal of Experimental Biology démontre que le moustique de la fièvre jaune Aedes aegypti peut apprendre à associer l’odeur du DEET à un repas de sang. Des chercheurs de l’Université de Tours et de Virginia Tech ont utilisé un dispositif de conditionnement classique : des moustiques femelles ont été autorisées à se nourrir de sang chaud tout en étant exposées simultanément à des vapeurs de DEET. Après quatre séances d’entraînement, plus de 60 % des insectes ont tenté de piquer lorsqu’ils ont été exposés ensuite au seul DEET, contre seulement 17 % des moustiques non entraînés. Dans un test de choix, près de 60 % des moustiques conditionnés ont tenté de piquer une main traitée au DEET, tandis que les moustiques non entraînés l’ont universellement évitée.
- Aucun entraînement
- 17 %
- DEET seul
- 13 %
- Sang seul
- 17 %
- Sang puis DEET (séparé)
- 23 %
- Sang avec DEET (simultané)
- 60 %
Réactions d’experts
Pendant longtemps, on a cru que les répulsifs agissaient uniquement grâce à leurs propriétés chimiques, soit en étant toxiques ou désagréables pour les moustiques et en les éloignant, soit en bloquant leur capacité à détecter les humains. Cependant, nos résultats suggèrent que la réaction peut être modifiée par l’expérience.
Le DEET reste la référence absolue des répulsifs anti-moustiques. Nos travaux sont un rappel important de lire attentivement les recommandations du fabricant concernant le dosage et la fréquence d’application pour garantir l’efficacité maximale de ces produits.
Implications pour la santé publique
Bien que l’étude ne remette pas en cause l’efficacité immédiate du DEET, elle soulève des inquiétudes quant au fait qu’une utilisation inappropriée – comme laisser le répulsif s’estomper – pourrait apprendre aux populations locales de moustiques à surmonter leur aversion naturelle. Les chercheurs soulignent que le DEET reste l’outil le plus efficace disponible, mais exhortent les utilisateurs à suivre scrupuleusement les instructions pour éviter des concentrations sous-optimales qui pourraient faciliter l’apprentissage. La durée de l’association apprise chez les moustiques reste inconnue et nécessite des recherches supplémentaires.

