
Affaire Lyhanna : le rapport d'inspection confirme des « dysfonctionnements » et des « erreurs individuelles » dans le traitement d'une précédente plainte pour viol
Les rapports d'inspection très attendus sur l'affaire Lyhanna, qui doivent être rendus publics lundi, confirment qu'une précédente plainte pour viol contre le suspect s'est perdue dans les limbes administratifs, des erreurs individuelles étant mises en cause plutôt qu'un manque de moyens.
L'affaire Lyhanna
Lyhanna, une fillette de 11 ans, a disparu le 29 mai dans le Gers. Son corps a été retrouvé plus tard dans un silo d'un site agricole désaffecté. Une autopsie a conclu qu'elle avait été violée, et des traces d'ADN de Jérôme Barella ont été découvertes sur son corps. Barella est désormais le principal suspect de son enlèvement, de son viol et de son meurtre.
La plainte mal traitée
Plusieurs mois avant la mort de Lyhanna, en août 2025, la mère d'une fillette de 10 ans prénommée Rosa a déposé une plainte à Toulouse accusant Barella de viols répétés sur sa fille. La plainte a été transférée entre la gendarmerie de la Haute-Garonne et le parquet d'Auch, dans le Gers, où les faits présumés se sont déroulés. Après une dernière audition de la mère de Rosa par les gendarmes de Lectoure le 14 février 2026 et un contact avec le procureur d'Auch, l'affaire s'est enlisée. Barella n'a jamais été interrogé ni placé en garde à vue.
- La mère de Rosa dépose une plainte pour viol contre Jérôme Barella à Toulouse.
- Dernière action connue : la mère de Rosa est entendue par les gendarmes de Lectoure, contact avec le procureur d'Auch. Aucune autre mesure n'est prise.
- Lyhanna, 11 ans, disparaît dans le Gers.
- Les rapports d'inspection confirment des dysfonctionnements et des erreurs individuelles dans le traitement de la plainte d'août 2025.
Conclusions de l'inspection
Les rapports des inspections générales de la gendarmerie et de la justice, obtenus par l'AFP et plusieurs médias français, confirment des « dysfonctionnements » et des « erreurs individuelles » dans le traitement de la plainte d'août 2025. Ils pointent des défaillances personnelles plutôt qu'un manque de moyens au parquet d'Auch. Le Parisien rapporte que la juridiction « n'était pas submergée par d'autres dossiers urgents ou particulièrement sensibles ». Une source proche de l'enquête a résumé l'objectif des rapports comme étant d'aider à
comprendre l'incompréhensible.
Répercussions politiques
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui avait déjà évoqué des défaillances individuelles au début de l'affaire, fait désormais l'objet d'appels à la démission de tout l'éventail politique, de La France Insoumise au Rassemblement National en passant par le Parti socialiste. Dans une lettre adressée aux 10 000 magistrats du pays la semaine dernière, Darmanin a écrit que
tout en réaffirmant son « attachement viscéral » à l'indépendance de la justice. Il affirme ne porter aucune responsabilité politique, arguant que ses directives visant à prioriser les affaires d'atteintes aux personnes, en particulier les violences sexuelles sur mineurs, n'ont pas été pleinement appliquées. Les syndicats de magistrats rétorquent qu'il y a une avalanche de priorités et un manque criant de moyens.lorsque des fautes professionnelles sont établies (...) personne ne comprendrait qu'elles ne soient pas sanctionnées,
Prochaines étapes
Les conclusions du rapport pourraient donner lieu à des enquêtes administratives et à d'éventuelles sanctions. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a exprimé sa « confiance » envers tous les enquêteurs de la police et de la gendarmerie, ajoutant qu'il veillerait à ce que cette affaire ne « discrédite pas le travail colossal » déjà accompli. Le rapport doit être rendu public lundi 22 juin.

