
Les députés français rejettent la réduction de l'avantage fiscal sur les pensions alors que l'examen du budget de 43 milliards d'euros commence
La commission des finances de l'Assemblée nationale a rejeté un plafonnement proposé des abattements fiscaux sur les pensions, un premier revers pour le paquet de réduction du déficit du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Réticences parlementaires sur les pensions
La commission des finances de l'Assemblée nationale a ouvert mercredi l'examen du budget de l'État pour 2027 en rejetant une réduction proposée de l'abattement fiscal sur les pensions. La mesure, qui visait à abaisser le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions de 4 439 € à 3 000 €, a été rejetée au-delà des clivages partisans. Le Premier ministre Sébastien Lecornu tente de faire adopter un ensemble de 43 milliards d'euros de coupes budgétaires et de mesures fiscales afin de ramener le déficit public de 5,4 % du PIB en 2026 à 5,0 % en 2027. Les pensions constituent le premier poste de dépense de la France, estimé à 436 milliards d'euros l'an prochain, soit 14 % du produit intérieur brut. Outre le plafonnement de la déduction fiscale, l'exécutif a proposé de limiter la revalorisation des pensions en dessous de l'inflation pour les revenus moyens et élevés, afin d'économiser 4,1 milliards d'euros. Les parlementaires opposés ont fait valoir que les économies ne devaient pas viser les retraités aux revenus fixes.
Claire Marais-Beuil, députée du Rassemblement national, a exposé la position de l'opposition lors du débat en commission.
Nous nous opposons à ce que la consolidation des comptes publics se fasse sur le dos des retraités.
- Le gouvernement français présente le projet de budget 2027 visant un déficit de 5 %
- L'euro tombe à un plus bas de 17 mois sous 1,12 dollar sur fond de craintes liées à la dette souveraine
- Marine Le Pen présente un plan budgétaire alternatif de 140 milliards d'euros
- La commission des finances rejette la baisse gouvernementale des déductions fiscales sur les pensions
Turbulences des marchés financiers et position de la banque centrale
Le débat législatif se déroule dans un contexte de forte pression sur les marchés de la dette souveraine européenne, où les coûts d'emprunt français ont augmenté lors des dernières séances. Le rendement des obligations françaises à 10 ans a brièvement atteint la semaine dernière un plus haut de 24 ans, au-dessus de 5 %, avant d'osciller entre 4,75 % et 4,90 % mardi. Les marchés des changes ont également reflété le malaise des investisseurs, l'euro étant tombé lundi à un plus bas de 17 mois, sous 1,12 dollar face au billet vert. Angel Ubide, cadre dirigeant de Citadel, a noté que si la France ne représente pas actuellement un risque systémique pour l'Europe, la pression des marchés ne laisse aucune marge d'erreur budgétaire avant les prochaines élections. Malgré la volatilité du marché obligataire, Emmanuel Moulin, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de France, a exclu toute intervention immédiate de Francfort.
Intervenant sur France Inter, M. Moulin a souligné que la consolidation budgétaire devait être menée au niveau national, par des décisions parlementaires.
Aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de chercher la solution à Francfort, la solution est ici, chez nous.
Des agendas budgétaires concurrents avant l'élection de 2027
L'élection présidentielle étant prévue dans environ six mois, les groupes politiques avancent des visions budgétaires divergentes. Éric Coquerel, président de la commission des finances, issu de La France insoumise, a mis en garde contre toute dramatisation de la charge de la dette et contre la tentation de céder à la spéculation des marchés. M. Coquerel a fait valoir que les propositions de l'exécutif, notamment le gel des aides au logement, des primes sociales et des grilles salariales de la fonction publique, auraient un effet récessif sur l'économie. Il a rappelé que le coût du service de la dette française représentait environ 3,6 % du produit intérieur brut en 1996. Devant la commission des finances du Sénat, le ministre des Comptes publics David Amiel a défendu le plan d'austérité de 43 milliards d'euros, affirmant que la forte hausse des taux d'intérêt empêchait l'exécutif de reporter des choix budgétaires structurels.
- Gouvernement de Sébastien Lecornu
- 5.4 mds €
- Proposition de Marine Le Pen
- 8.2 mds €
Propositions budgétaires de l'extrême droite
Marine Le Pen, favorite de l'extrême droite, a dévoilé mardi un plan budgétaire alternatif, promettant 140 milliards d'euros d'économies nettes sur un mandat de cinq ans. Mme Le Pen a proposé de revenir à un solde budgétaire primaire à l'équilibre en 18 mois, de ramener le déficit public sous 3 % du PIB d'ici 2030 et d'inscrire des limites de déficit dans la Constitution par référendum. Son programme prévoit la suppression des intercommunalités pour dégager 8,2 milliards d'euros d'économies sur les collectivités locales, contre 5,4 milliards d'euros demandés par l'administration Lecornu. Le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a affirmé que les marchés financiers avaient bien réagi à ses annonces, citant une baisse temporaire des rendements obligataires pendant son discours. Les économistes cités dans les articles s'interrogent toutefois sur la faisabilité de ses objectifs de consolidation budgétaire au vu des projections économiques actuelles.


