
Le pape Léon XIV au quai des migrants aux Canaries : « La dignité humaine n’a pas de passeport », l’Europe doit examiner sa conscience
Depuis le quai d’Arguineguín, à Grande Canarie, le pape Léon XIV a jeté une couronne de fleurs dans l’Atlantique et appelé à des voies de migration légales, à la fin du trafic, et à un « examen de conscience » européen face aux morts en mer.
Arrivée au « quai de la honte »
Le pape Léon XIV a atterri à la base aérienne de Gando, à Grande Canarie, à 10 h 45 le jeudi 11 juin, escorté par des chasseurs de l’armée de l’air espagnole. Il a été accueilli par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le gouverneur des îles Canaries Fernando Clavijo et trois ministres espagnols. Le pontife s’est rendu directement au port d’Arguineguín, l’avant-dernière étape de son voyage apostolique en Espagne après Madrid et Barcelone. Ce quai est devenu tristement célèbre lors de la crise migratoire de 2020, lorsque des milliers de migrants africains ont été laissés dans des conditions précaires pendant des jours, lui valant le nom de « quai de la honte ».
Une couronne et une croix
Debout devant des survivants et des secouristes de Salvamento Marítimo, le pape a écouté des témoignages avant de s’approcher du bord du quai. Il a jeté une couronne de fleurs à la mer en mémoire des victimes de naufrages sur la route atlantique de l’Afrique vers l’Europe, un geste rappelant celui du pape François le 8 juillet 2013 à Lampedusa. Il a ensuite béni une croix en bois faite à partir des planches d’une pirogue, le frêle esquif utilisé par les migrants sur la route ouest-africaine vers les Canaries.
La dignité humaine n’a pas de passeport, ni ne perd de sa valeur lorsqu’elle franchit une frontière.
Exigences envers l’Europe et le monde
Le pape a insisté sur le fait que la dignité humaine exige des voies légales et sûres, le sauvetage et l’assistance, une véritable coopération contre les trafiquants, une protection efficace des victimes, ainsi que des processus sérieux d’accueil et d’intégration. Il a présenté la crise comme un test moral collectif.
Votre tragédie doit devenir un examen de conscience : pour les nations d’origine ; pour les nations de transit, appelées à protéger et à ne pas abandonner les faibles aux mains des réseaux criminels ; pour l’Europe, qui ne peut proclamer la dignité humaine et s’habituer à ce que la Méditerranée et l’Atlantique soient des cimetières sans pierres tombales ; pour la communauté internationale, appelée à une coopération efficace et persévérante.
Il a ajouté que si le droit de chercher refuge existe, le droit de ne pas devoir migrer existe aussi : rester chez soi sans faim, guerre, persécution ou corruption qui vole le pain aux pauvres et armes qui détruisent l’avenir des enfants.
Avertissement aux migrants et aux trafiquants
S’adressant directement aux migrants, le pape s’est incliné devant eux, disant qu’ils ne sont pas des chiffres ou des dossiers mais des personnes avec des familles, des maisons et des rêves. Il les a exhortés à ne pas remettre leur vie entre les mains de ceux qui trafiquent, décrivant les fausses promesses de paradis faciles comme des « chants de sirènes » et des « industries de mort ». Il s’est adressé spécifiquement aux femmes victimes de trafic, leur disant que si d’autres mettent un prix sur leur corps, Dieu n’a jamais cessé de les voir comme des personnes d’une valeur inestimable.
Même aujourd’hui, il y a des monstres qui rôdent sur ces mers : des mafias qui trafiquent le désespoir, des trafiquants qui réduisent les femmes et les enfants en esclavage, et l’indifférence de beaucoup qui permet aux pauvres d’être engloutis par l’exploitation ou l’oubli.
Contexte de la visite
L’appel du pape intervient à la veille de l’entrée en vigueur du nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, alors que les débats sur l’immigration divisent les gouvernements et l’opinion publique sur tout le continent. Les îles Canaries, à seulement 150 kilomètres de la côte marocaine, sont devenues l’une des frontières les plus meurtrières du monde. Tito Villarmea, un vétéran de Salvamento Marítimo qui a contribué à sauver plus de vingt mille personnes, faisait partie de ceux qui ont partagé leur expérience avec le pontife.
- Le pape quitte l’aéroport Josep-Tarradellas-El Prat de Barcelone à bord d’un Airbus A320 d’Iberia.
- L’avion atterrit à la base aérienne de Gando, Grande Canarie, escorté par des chasseurs espagnols. Accueilli par le Premier ministre Pedro Sánchez.
- Le pape arrive au port d’Arguineguín, écoute les témoignages de migrants et de secouristes, jette une couronne de fleurs à la mer.
- Bénit une croix en bois faite à partir d’une pirogue de migrant et prononce un discours majeur sur la migration.


