Le Pakistan place en détention le ministre en chef du Khyber Pakhtunkhwa et des membres du PTI sous régime d'urgence
Le président Asif Ali Zardari a approuvé dimanche 11 octobre l'instauration de l'état d'urgence dans le Khyber Pakhtunkhwa, suspendant le gouvernement provincial dirigé par le PTI. Selon des responsables de la police, 278 membres du parti ont été placés en détention depuis cette déclaration, quelques jours après l'appel à une longue marche vers Islamabad.
État d'urgence et suspension du gouvernement provincial
Le président Asif Ali Zardari a approuvé dimanche 11 octobre l'instauration de l'état d'urgence dans le Khyber Pakhtunkhwa, à la suite d'une décision du cabinet dirigée par le Premier ministre Shehbaz Sharif. L'état d'urgence a suspendu le gouvernement provincial dirigé par le ministre en chef Sohail Afridi, un proche de l'ancien Premier ministre emprisonné Imran Khan. Le gouvernement fédéral a justifié cette mesure par l'incapacité de l'administration provinciale à lutter contre le militantisme islamiste dans cette province frontalière de l'Afghanistan. Le ministre de la Justice, Azam Nazeer Tarar, a indiqué qu'un gouverneur provincial prendrait les rênes et que le gouvernement provincial dirigé par le PTI serait « non fonctionnel » jusqu'à l'amélioration de la situation sécuritaire. Le gouverneur Faisal Karim Kundi a pris la direction de la province et mis en place un conseil consultatif technocratique de onze membres, selon Europa Press. The Independent rapporte que la province serait placée sous l'autorité d'un gouverneur pour les six prochains mois.
- Le président Zardari approuve l'état d'urgence et le gouvernement provincial est suspendu ; le ministre en chef et des membres du cabinet sont détenus à la résidence de Peshawar
- Des responsables de la police font état de 278 membres du PTI détenus depuis la déclaration de l'état d'urgence ; écoles fermées et internet perturbé
Détentions à Peshawar
Le ministre en chef et certains membres de son cabinet ont été détenus dimanche à la résidence du ministre en chef, dans la ville de Peshawar, dans le nord-ouest du pays. Le ministre Talal Chaudhry a confirmé ces détentions à Reuters.
Oui, je peux confirmer que le ministre en chef et certains membres de son cabinet ont été placés en garde préventive
Europa Press rapporte que huit personnes, dont Afridi et le président de l'assemblée provinciale Babar Salem Suati, ont été placées en garde préventive, un chiffre qu'un haut responsable de la police a confirmé à Dawn lundi. Des témoins et des responsables ont indiqué que la résidence du ministre en chef et les installations voisines étaient bouclées par un important dispositif policier, des forces paramilitaires et des conteneurs. Trois sœurs de Khan ont également été détenues avant la marche prévue, selon Reuters et The Independent. Deux responsables de la police ont déclaré à l'AFP que 278 membres du PTI avaient été détenus dans la province depuis la déclaration de l'état d'urgence.
Réaction du PTI et marche enrayée
Le PTI a rejeté la justification sécuritaire et affirmé que l'état d'urgence visait à dissuader les partisans de marcher sur Islamabad pour exiger la libération de Khan. Le porte-parole du parti, Zulfikar Bukhari, a qualifié l'intervention de « coup d'État déguisé en état d'urgence » et indiqué que le parti évaluerait toutes ses options dans les jours à venir. Bukhari a ajouté :
Le Khyber Pakhtunkhwa était la seule province à disposer encore d'un véritable mandat démocratique. Désormais, même ce dernier lambeau de démocratie a été arraché.
Le chef du Jamiat Ulema-e-Islam-Fazl, Maulana Fazlur Rehman, a également critiqué cette mesure, la qualifiant d'embuscade contre la démocratie. L'état d'urgence est intervenu une semaine après que les partisans de Khan se sont rassemblés pendant plusieurs jours dans la province avec l'intention de marcher sur Islamabad. Le Premier ministre Shehbaz Sharif a déclaré au cabinet que le gouvernement ne pouvait pas rester les bras croisés.
Nous ne pouvons pas rester de simples spectateurs silencieux.
Situation dans la province lundi
Lundi, les écoles étaient fermées dans la province et le monitorage numérique Netblocks a signalé d'importantes perturbations de la connectivité internet dans certaines parties de la province la nuit précédente. La police a installé des points de contrôle faits de conteneurs et de fils barbelés autour de la zone administrative de Peshawar, où plus d'une douzaine d'agents étaient postés à chacun d'eux, munis de boucliers, de matraques et de gaz lacrymogène. Les manifestations sporadiques de lundi ont rassemblé des foules bien plus réduites que la longue marche des jours précédents. L'armée et le gouvernement fédéral accusent l'administration dirigée par le PTI de ne pas contenir la violence militante, une accusation que le PTI rejette, affirmant qu'Islamabad n'a pas fourni les ressources nécessaires.
Contexte de l'affrontement
Khan, 74 ans, est incarcéré depuis août 2023 pour des chefs d'accusation incluant la corruption et l'incitation à la violence, qu'il considère, comme ses avocats, comme politiquement motivés. La dernière grande manifestation du parti, il y a deux ans, s'était soldée par des affrontements meurtriers avec les forces de sécurité. Le Khyber Pakhtunkhwa est le seul gouvernement provincial du PTI après les élections générales contestées de 2024. La Vanguardia soutient que la justification sécuritaire masque une volonté d'affaiblir le PTI, une affirmation que le gouvernement fédéral n'a pas abordée dans les rapports consultés.

