
Le Conseil constitutionnel valide la loi d'urgence agricole autorisant le retour temporaire de pesticides néonicotinoïdes interdits
Le Conseil constitutionnel a validé le 14 août la quasi-totalité de la loi d'urgence agricole, y compris la réintroduction temporaire de deux pesticides néonicotinoïdes interdits pour des cultures spécifiques et le doublement du stockage d'eau agricole d'ici 2035, avec des réserves limitées.
Décision du Conseil constitutionnel
Le vendredi 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a validé la quasi-totalité de la loi d'urgence agricole adoptée par le Parlement le 21 juillet 2026. La décision est intervenue dans un contexte de sécheresse sévère affectant toutes les productions agricoles en France. Le Conseil a approuvé les dispositions les plus controversées, notamment la réintroduction temporaire de deux pesticides interdits et des mesures visant à doubler le stockage d'eau agricole d'ici 2035, tout en imposant des réserves limitées et en annulant quelques articles jugés sans lien avec le projet de loi.
Le Conseil a estimé que les dérogations autorisant l'utilisation temporaire de l'acétamipride pour la filière noisette et du flupyradifurone pour les pommes, les cerises et les betteraves sucrières servent un « intérêt général ». Les deux substances appartiennent à la famille des néonicotinoïdes ou à des produits apparentés. Le Conseil a reconnu dans sa décision que ces pesticides « ont des impacts sur la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux, ainsi que des conséquences sur la qualité de l'eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine ». Cependant, le Conseil a estimé que le législateur entendait permettre à certains secteurs agricoles de faire face à des dangers graves menaçant leurs cultures, de préserver leur capacité de production et de les protéger des distorsions de concurrence au niveau européen.
- Le Conseil constitutionnel rejette la réintroduction de l'acétamipride dans la loi Duplomb, invoquant la Charte de l'environnement
- Le Parlement adopte la loi d'urgence agricole
- Le Conseil constitutionnel valide la quasi-totalité de la loi, y compris les dérogations de pesticides
Garanties et réserves
Le Conseil a considéré que les dérogations étaient suffisamment encadrées : le nombre de secteurs concernés est limité, de même que la durée de la dérogation, et le mode d'utilisation (semences enrobées ou pulvérisation) est pris en compte. Seule l'ANSES, l'autorité sanitaire française, peut décider si les conditions sont réunies pour accorder une dérogation temporaire. Le Conseil a imposé deux réserves. Premièrement, l'ANSES doit pouvoir « restreindre la portée géographique des dérogations ». Deuxièmement, si l'ANSES ne rend pas sa décision dans un délai de deux mois, le silence vaudra refus de la dérogation. Le Conseil a noté que le délai de deux mois « pourrait être insuffisant pour garantir la vérification de toutes les conditions » attachées à la dérogation, une préoccupation partagée par le gouvernement et l'ANSES elle-même.
- Acétamipride (noisette)
- 1 secteurs
- Flupyradifurone (pommes, cerises, betteraves sucrières)
- 3 secteurs
Revirement par rapport à août 2025
La décision marque un changement par rapport à la décision du Conseil d'août 2025, lorsqu'il avait rejeté la réintroduction de l'acétamipride dans le cadre de la controversée « loi Duplomb ». À l'époque, le Conseil avait estimé que la réintroduction était contraire à la Charte de l'environnement, un texte à valeur constitutionnelle. Cette fois, le Conseil a jugé que les dérogations sont suffisamment encadrées, avec des secteurs limités, une durée limitée, un usage réglementé et le rôle exclusif de l'ANSES dans l'octroi des autorisations.
Stockage d'eau et censures mineures
En matière de gestion de l'eau, le Conseil a validé toutes les mesures visant à faciliter la construction d'infrastructures de stockage d'eau pour l'agriculture et à doubler les volumes stockés d'ici 2035. Cela inclut des dispositions obligeant les plans locaux de gestion de l'eau à s'adapter au stockage et à prendre en compte la situation économique de l'agriculture. Une réserve a été émise : une installation de stockage ne peut pas être classée comme zone humide. Le Conseil a également annulé un article facilitant le dragage des infrastructures hydrauliques, le jugeant sans lien avec le texte initial. Deux autres articles ont été rejetés comme « cavaliers législatifs », concernant les contraintes d'urbanisme et l'élevage, bien que décrits comme non centraux dans la loi.
Les syndicats agricoles ont salué l'analyse du Conseil, selon Le Figaro. Les dispositions de la loi entrent en vigueur alors que les agriculteurs français sont confrontés à des conditions de sécheresse affectant toutes les productions.


