Le Congrès espagnol vote deux décrets sur le logement, un sondage donne 67,5 % de soutien aux plafonds de loyers
Le Parlement espagnol examine deux décrets-lois sur les expulsions, les plafonds de loyers et les allègements fiscaux pour les bailleurs, après des manifestations et un sondage 40dB montrant un large soutien transpartisan à une intervention publique sur le logement.
Vote parlementaire et mesures des décrets
Le Congrès des députés espagnol vote le vendredi 2 octobre 2026 pour valider deux décrets-lois royaux sur le logement approuvés par le Conseil des ministres mardi. Le premier décret suspend les expulsions de personnes vulnérables sans solution de relogement jusqu'au 31 décembre 2030. Il instaure des mécanismes d'aide exceptionnels obligeant les administrations régionales à couvrir les loyers impayés si elles ne fournissent pas de logement alternatif dans les deux mois. Le décret prévoit aussi 330 millions d'euros de déductions sur l'impôt sur le revenu pour les petits bailleurs, avec des réductions de 70 % à 100 % pour ceux qui baissent les loyers de plus de 5 %, et crée le programme TU CASA, qui accorde des prêts à 0 % d'intérêt jusqu'à 50 000 euros pour les acheteurs. Un second décret instaure le renouvellement automatique et indéfini des contrats de location en cours.
Négociations transpartisanes et résistances politiques
La ministre du Logement, Isabel Rodríguez, a négocié le texte pendant des mois avec les partenaires parlementaires, intégrant des concessions pour équilibrer les exigences des différents groupes de la chambre.
Je sais que pour eux, il a été difficile de renoncer à certaines choses, mais nous avons atteint un équilibre, un texte dans lequel la majorité des Espagnols, quel que soit leur vote, peuvent se reconnaître.
Alors que des responsables gouvernementaux affirment que Junts a influencé jusqu'à 80 % du projet, le parti catalan a annoncé tard jeudi soir son intention de voter contre les décrets. Dans le même temps, les partis de gauche ont critiqué les allègements fiscaux accordés aux bailleurs, tandis que les groupes conservateurs se sont opposés au renouvellement automatique des baux, y voyant une atteinte à la propriété privée. Une réforme de la loi foncière nationale, soutenue par le Parti nationaliste basque (PNV) et les promoteurs immobiliers pour accélérer la construction, a été retirée avant le conseil des ministres après que Podemos a menacé de rejeter le texte si elle y figurait.
Dans ces cas, l'utile est d'être pragmatique avec des victoires partielles plutôt que de courir après l'épopée des défaites totales.
Opinion publique et sondages
Une enquête 40dB menée auprès de 2 000 personnes entre le 25 et le 28 septembre pour EL PAÍS et Cadena SER révèle que 67,5 % des Espagnols sont favorables à un plafonnement des prix des logements locatifs, même si cela réduit la rentabilité des bailleurs. Le soutien aux plafonds de loyers traverse tout l'échiquier politique : 95,8 % chez les électeurs de Sumar, 85,4 % chez ceux de Podemos, 82,6 % chez ceux du PSOE, 56,5 % chez ceux du PP et 55,2 % chez ceux de Vox. En outre, 56,5 % des bailleurs interrogés soutiennent le plafonnement des prix, tandis que 21,7 % de l'ensemble des personnes interrogées préfèrent une tarification libre du marché. Le logement est désormais la deuxième préoccupation publique du pays derrière l'inflation, passant de la quatrième place en avril 2023. Par ailleurs, 82,4 % des personnes interrogées soutiennent l'augmentation du parc de logements publics et 79,7 % soutiennent des incitations fiscales pour les bailleurs proposant des loyers abordables.
- Électeurs de Sumar
- 95.8 %
- Électeurs de Podemos
- 85.4 %
- Électeurs du PSOE
- 82.6 %
- Ensemble du public
- 67.5 %
- Électeurs du PP
- 56.5 %
- Bailleurs
- 56.5 %
- Électeurs de Vox
- 55.2 %
Déficit structurel de logements
Les données de la Banque d'Espagne indiquent que le pays a accumulé un déficit d'environ 750 000 logements entre 2021 et 2025, la formation des ménages ayant dépassé l'offre nouvelle de logements. La sous-gouverneure de la Banque d'Espagne, Soledad Núñez, a indiqué que ce déficit pourrait augmenter de 300 000 unités supplémentaires entre 2026 et 2028, portant le déficit national au-delà d'un million de logements, principalement concentré à Madrid et Barcelone. Des universitaires et des acteurs du secteur, dont le professeur de l'université Pompeu Fabra José García Montalvo et le président d'APCEspaña Xavier Vilajoana, estiment que les décrets ne résolvent pas les pénuries structurelles sans libération de foncier municipal ni réforme de la loi foncière, aujourd'hui bloquée.
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