
La Cour suprême de Russie interdit au parti anti-guerre Iabloko de participer aux élections législatives de septembre
La Cour suprême de Russie a exclu le parti d'opposition anti-guerre Iabloko des élections législatives de septembre à la suite d'une plainte du parti pro-Kremlin Rodina, suscitant la condamnation des Nations unies et une rare solidarité publique à Moscou.
Décision de la Cour suprême
La Cour suprême de Russie a validé lundi 11 août une plainte excluant le parti libéral d'opposition Iabloko des élections à la Douma d'État prévues du 18 au 20 septembre. La plainte a été déposée par Rodina, un parti considéré comme proche du Kremlin, qui accusait Iabloko de violation du droit d'auteur avec ses documents de campagne, d'activités extrémistes et de financement illégal depuis l'étranger. Le juge président, Viatcheslav Kirillov, a rendu le verdict après neuf heures d'audience. Kirillov est le même juge qui a interdit l'organisation russe de défense des droits de l'homme Memorial et l'a qualifiée d'organisation extrémiste en avril, et qui avait auparavant rejeté les plaintes contre le service pénitentiaire russe déposées par Alexeï Navalny, mort en prison en 2024.
Iabloko est le seul parti parmi les 11 inscrits aux élections à la Douma à appeler ouvertement à un cessez-le-feu et à la paix en Ukraine. Tous les autres, du parti majoritaire Russie unie au Parti communiste, en passant par Rodina, Nouvelles personnes, Une Russie juste et le Parti libéral-démocrate, soutiennent la politique de guerre du président Vladimir Poutine. Iabloko a été enregistré pour les élections le 19 juillet, et son programme de 43 mots est placé sous les slogans « Pour la paix et la liberté » et « Pour une vie sans peur », exigeant la fin de la répression politique et la protection de la vie humaine.
- Iabloko enregistré pour participer aux élections à la Douma d'État
- La Cour suprême interdit à Iabloko les élections de septembre après neuf heures d'audience
- Le bureau des droits de l'homme de l'ONU exige des autorités russes d'annuler l'interdiction
Réaction publique et intimidation
Au moins 500 personnes se sont rassemblées devant la Cour suprême pour montrer leur soutien à Iabloko, distribuant des pommes, le symbole du parti, et chantant des chansons. Le nom Iabloko vient des initiales de ses trois fondateurs, Grigori Iavlinski, Iouri Boldyrev et Vladimir Loukine. Après la séance de neuf heures, les services de sécurité ont menacé les personnes rassemblées d'arrestation et ont averti les jeunes hommes qu'ils pourraient être emmenés dans un bureau de recrutement militaire. Une bénévole de 18 ans identifiée seulement comme Karina a déclaré à N-tv qu'elle était surprise par la participation, la qualifiant de plus grand rassemblement d'opposition qu'elle ait vu depuis 2022.
Le chef du parti, Nikolaï Rybakov, a écrit sur Telegram ce soir-là que le parti n'avait enfreint aucune loi russe et a annoncé qu'il ferait appel du jugement.
Vous vous trompez si vous croyez que, d'un trait de plume, vous pouvez effacer des millions de personnes qui veulent la paix, la liberté et un avenir normal pour leur pays.
Motifs du Kremlin et contexte politique
Grigori Iavlinski, l'économiste de 74 ans qui a fondé le parti en 1993, a déclaré que ceux au pouvoir craignaient le programme d'Iabloko car écarter un parti avec une telle plateforme sans motifs réels expose le système politique lui-même. Ioulia Navalnaïa, directrice de la Fondation anti-corruption fondée par son défunt mari Alexeï Navalny, a déclaré que le Kremlin voulait initialement qu'Iabloko participe mais qu'il a ensuite « eu peur » et a exclu le parti. Andreï Pivovarov, coordinateur du réseau du Comité anti-guerre de Russie en exil, a déclaré à Deutsche Welle que même si Iabloko était entré à la Douma, la guerre n'aurait pas pris fin, mais cela aurait démontré que de nombreux Russes s'opposent à la guerre.
Iabloko a été représenté pour la dernière fois au parlement national après les élections de 1999, avant le scrutin de 2003 où il est tombé sous le seuil des 5 %. Lors de toutes les élections à la Douma suivantes, il n'a jamais dépassé 2 %. Le parti détient quelques sièges régionaux et municipaux. Selon les données du parti, 12 membres, dont le politicien de la région de Pskov Lev Chlosberg, sont en prison ou privés de liberté en vertu d'une législation qui criminalise les déclarations pacifistes. Environ 40 militants du parti font l'objet de poursuites pénales.
- Anxiété
- 54 %
- Calme
- 39 %
- Guerre comme principale préoccupation
- 39 %
Réaction internationale
Le bureau des droits de l'homme des Nations unies a déclaré être « profondément préoccupé » par le fait que l'un des plus anciens partis de Russie ait été exclu du scrutin et a appelé les autorités à annuler l'interdiction. La décision a également coïncidé avec un appel de figures de l'opposition et de la culture russes vivant à l'étranger, notamment Lioubov Sobol, Ilia Iachine et Andreï Pivovarov, exhortant à soutenir Iabloko. Le politologue Ivan Preobrajenski a déclaré à Deutsche Welle que l'exclusion pourrait résulter d'une lutte de pouvoir entre divers groupes d'intérêt au sein du Kremlin.
Un indice de la Fondation de l'opinion publique de Moscou cité par El Pais montre que l'anxiété prédomine sur le calme parmi les Russes, à 54 % contre 39 % début août, la guerre étant le seul sujet qui attire le plus l'attention à 39 %, bien au-dessus des préoccupations concernant les attaques contre les infrastructures de distribution ou les pénuries de carburant.


