La Cour suprême espagnole annule le décret durcissant les règles applicables aux universités privées
La Cour a jugé que le gouvernement n'avait pas justifié la procédure d'urgence, ce qui lui a permis de contourner la consultation publique obligatoire. L'arrêt ne se prononce pas sur le fond du décret, et Pedro Sánchez annonce une nouvelle réglementation en préparation.
L'arrêt
La Cour suprême d'Espagne, par sa Sala de lo Contencioso-Administrativo, a annulé le décret royal 905/2025, daté du 7 octobre 2025, qui durcissait les critères de création de nouvelles universités. Le décret visait à empêcher la multiplication de centres privés d'enseignement supérieur sans respect des critères d'excellence. La Cour a fait droit au recours déposé par le gouvernement régional des îles Baléares et n'a pas examiné le fond du texte. Sa motivation repose sur la procédure d'urgence, jugée insuffisamment justifiée, ce qui a conduit à contourner la consultation publique préalable obligatoire sans base légale. La Cour a également condamné l'administration de l'État à 6 000 euros de frais. Dans ses motifs, elle estime que le seul élément avancé pour justifier l'urgence, l'approbation de la réforme à temps pour l'année universitaire 2025/26, relève davantage d'une volonté politique que d'une cause objective.
Le seul élément retenu pour la justifier (l'approbation de la réforme afin qu'elle puisse être en vigueur pour l'année universitaire 2025/26) relève davantage d'une volonté politique d'entrée en vigueur rapide que d'une cause objective démontrant l'urgence, compte tenu de la nécessité d'éviter certains effets produits par la réglementation en vigueur.
L'urgence et la consultation contournée
Le Conseil des ministres a décidé le 1er avril 2025 de traiter le projet en urgence. La Cour a estimé que l'explication donnée pour cette décision ne permettait pas de considérer comme extraordinaires ou imprévisibles les circonstances qu'elle énumérait. Ces circonstances, selon la Cour, étaient l'objectif de la réforme de permettre l'entrée en vigueur des règles pour une année universitaire donnée et la volonté du gouvernement de modifier le système universitaire. L'urgence ayant été déclarée, l'étape de consultation n'a pas eu lieu.
Le conseiller à l'éducation des Baléares, Antoni Vera, s'est déclaré satisfait de l'arrêt, qui selon lui reprend l'ensemble des demandes et requêtes déposées par le gouvernement régional. Il a accusé le gouvernement central d'avoir adopté la loi à la faveur de la nuit et par traîtrise. Il contestait en particulier l'obligation pour une nouvelle université de réserver 10 % de ses places à des résidences étudiantes.
Cela n'a rien à voir avec la nature de l'université elle-même ni avec la qualité universitaire.
Vera a également indiqué que le décret exigeait 4 500 étudiants universitaires dans toute université, dans n'importe quelle région, sans tenir compte des régions moins peuplées. Selon ABC, l'arrêt met aussi en lumière des avertissements antérieurs du Conseil d'État sur des lacunes de procédure.
- Le Conseil des ministres décide de traiter le projet de décret en urgence
- Le décret royal 905/2025 sur les universités est daté
- La Cour suprême annule le décret pour absence de procédure d'urgence justifiée
Réactions du gouvernement et du secteur
Pedro Sánchez a écrit sur X que l'université publique « est assiégée » et que la prolifération incontrôlée des universités privées nuit à la qualité du système et à l'égalité des chances. Il a déclaré que le gouvernement accepte l'arrêt, « mais nous ne restons pas les bras croisés », et qu'il prépare déjà une nouvelle réglementation pour empêcher que les universités ne deviennent une affaire commerciale. Il a ajouté que l'enseignement supérieur a besoin de règles qui le protègent et de davantage de ressources de la part des administrations compétentes.
L'organisation patronale ACADE, qui représente les centres d'enseignement privé, s'est félicitée « très positivement » de l'arrêt et a qualifié d'« insuffisante » la justification de l'urgence. Le groupe avait auparavant exprimé de vives inquiétudes au sujet de la réforme, estimant qu'elle avait été imposée sans le dialogue ni le consensus nécessaires.
L'organisation étudiante CREUP a rejeté la décision et estimé que le décret arrivait tard mais était absolument nécessaire.
La vitesse à laquelle de nouvelles universités sont créées n'est pas une question hypothétique ou future, mais une réalité qui transforme le système universitaire espagnol à un rythme qui exige une réponse réglementaire.
Ce que l'annulation change
Avec l'annulation, le minimum de 4 500 étudiants pour les six premières années d'activité et l'obligation que 10 % des étudiants en présentiel disposent d'un logement universitaire tombent automatiquement, selon ABC. L'arrêt débloque aussi près de dix projets d'universités privées qui étaient en suspens en Aragon, Galice, Andalousie, Estrémadure et Canaries, la compétence de traitement revenant aux gouvernements régionaux. ABC rapporte également que d'autres communautés gouvernées par le Parti populaire, dont Madrid, l'Estrémadure, l'Aragon et La Rioja, se sont jointes au recours des Baléares, aux côtés de plusieurs entités académiques privées.


