
Le Parlement français adopte la loi contre la fast-fashion ciblant Shein et Temu, mais les critiques la jugent édulcorée
Les législateurs français ont adopté lundi un projet de loi imposant des frais par article et une interdiction de publicité aux géants de la fast-fashion ultrarapide Shein, Temu et AliExpress, tout en exemptant les chaînes européennes comme Zara.
Une loi née il y a deux ans et demi
Le Parlement français a définitivement adopté lundi un projet de loi visant à freiner la fast-fashion ultrarapide, après que le Sénat a approuvé le texte dans la même rédaction que celle déjà votée par l'Assemblée nationale une semaine plus tôt. Le texte, déposé pour la première fois début 2024, a été révisé pendant plus de deux ans de débats pour assurer sa conformité avec la réglementation européenne. Il définit la mode ultrarapide par deux critères cumulatifs : le volume de vêtements mis sur le marché et la faible incitation à réparer, mesurée par le coût de la réparation par rapport au prix d'achat de l'article.
Nous tapons très fort sur Shein, et c'est une première étape.
Comment fonctionnent les sanctions
Le texte impose une pénalité financière par article qui augmentera avec le temps, pouvant atteindre 20 euros par vêtement d'ici 2030, bien que cette taxe soit plafonnée à 50 % du prix de vente du produit. Le montant varie selon un barème basé sur le score de chaque marque aux critères de volume et de réparabilité. Une interdiction de publicité pour les marques de mode ultrarapide, y compris via les influenceurs sur les réseaux sociaux, fait également partie du dispositif. Les détaillants devront afficher sur leurs sites web des messages favorisant la réutilisation et le recyclage.
Leurs noms, encore inconnus il y a trois ans, sont désormais sur toutes les lèvres en France : Temu, Shein et AliExpress.
Le gouvernement défend un équilibre entre régulation et emplois
Le ministre du Commerce Serge Papin a déclaré que la loi allait « frapper fort et juste » contre un modèle économique qu'il a décrit comme fondé sur l'accumulation et le renouvellement permanents. Le ministre de la Transition écologique Mathieu Lefèvre a salué un texte qui « ne blâme pas le consommateur » et protège l'emploi français, ajoutant que le champ d'application restreint épargne délibérément les entreprises européennes et françaises comme Zara et Kiabi tout en ciblant les trois plateformes asiatiques à l'origine de l'essor de la mode ultrarapide.
Notre pays ouvre une voie.
Les critiques disent que le texte final épargne les marques européennes
Les députés de gauche et les groupes de campagne estiment que l'ambition a été vidée de sa substance par le lobbying industriel. Le député écologiste Charles Fournier a déclaré que la proposition initiale avait été « considérablement réduite », notant que « Zara, H&M, Primark, Uniqlo ne sont pas devenus des modèles de mode durable ». Julia Faure, coprésidente d'Impact France, a prévenu que la version retravaillée « risque d'être inefficace ou inapplicable » et qu'une occasion d'empêcher les plateformes de contourner les règles avait été perdue. La coalition Stop Fast Fashion a également dénoncé ce qu'elle a appelé une version « très édulcorée ».
Sous le poids des lobbies, l'ambition initiale du texte a été considérablement réduite.
Alors que c'était l'occasion de renforcer le texte pour qu'il ne soit pas contourné par les plateformes, le résultat est qu'il a été affaibli.
Contexte plus large : émissions textiles et future taxe européenne
L'industrie textile représente près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, une statistique citée à plusieurs reprises lors du débat législatif. L'adoption de la loi est intervenue à la veille d'une nouvelle taxe européenne sur les petits colis, qui entre en vigueur le 1er juillet, ajoutant une couche supplémentaire à la pression réglementaire sur les importations de fast-fashion. Les responsables français ont présenté le texte national comme une mesure pionnière, bien que certains députés se soient abstenus, déçus que la version finale ne couvre pas les grands groupes européens de fast-fashion établis.


