
Une étude belge sur la fracture numérique révèle que 42 % de la population est vulnérable alors que les services essentiels passent en ligne
Le baromètre biennal de la Fondation Roi Baudouin indique que 42 % des Belges âgés de 16 à 89 ans se trouvent en situation de vulnérabilité numérique, en raison de compétences limitées et de lacunes d'équipement plutôt que d'un manque d'accès de base au web.
Des obstacles qui se déplacent dans un pays connecté
La quatrième édition du Baromètre de l'inclusion numérique, publiée le 2 octobre 2026 par la Fondation Roi Baudouin, indique que 42 % des Belges âgés de 16 à 89 ans vivent en situation de vulnérabilité numérique. Réalisée par les chercheurs Périne Brotcorne, de l'UCLouvain, et Koen Ponnet, de l'UGent, à partir des données de l'enquête Statbel de 2025, l'étude montre que les obstacles à l'accès se sont déplacés plutôt que résorbés. Si 95 % à 96 % des ménages comptant des résidents de 16 à 74 ans disposent d'une connexion internet à domicile, les difficultés technologiques se concentrent désormais sur les limites du matériel et les compétences des utilisateurs.
Périne Brotcorne explique comment les disparités numériques ont évolué :
Les inégalités se déplacent bien plus qu'elles ne disparaissent ; elles deviennent moins visibles.
- 75–89 ans
- 81 %
- Faible niveau d'études
- 72 %
- Demandeurs d'emploi peu diplômés
- 63 %
- Belges de 16 à 89 ans
- 42 %
- Ensemble des demandeurs d'emploi
- 41 %
- Belges de 16 à 74 ans
- 39 %
- Travailleurs occupés
- 29 %
Des fractures démographiques dans les compétences numériques
Pour les citoyens de 16 à 74 ans, le taux de vulnérabilité s'établit à 39 % (4 % de non-utilisateurs et 35 % de personnes aux faibles compétences numériques), contre 40 % dans le rapport de 2024. L'inclusion pour la première fois des personnes de 75 à 89 ans porte le chiffre national à 42 %. Dans cette tranche d'âge, 81 % sont en situation de vulnérabilité numérique et 34 % n'utilisent pas internet. Le niveau d'études reste un déterminant tout aussi fort : 72 % des personnes peu diplômées sont classées comme vulnérables. Chez les demandeurs d'emploi peu diplômés, la proportion atteint 63 %, contre 40 % pour l'ensemble des chômeurs et 29 % pour les travailleurs occupés.
- 75–89 ans
- 34 %
- Faible niveau d'études
- 11 %
- Retraités
- 11 %
- 16–74 ans
- 4 %
Les lacunes de compétences sont particulièrement marquées en matière de cybersécurité et de résolution de problèmes techniques. Parmi les internautes de 16 à 74 ans, 27 % ne possèdent aucune compétence en sécurité numérique. Ce déficit touche aussi les jeunes générations : 20 % des utilisateurs de 16 à 24 ans n'ont aucune compétence en sécurité numérique.
Périne Brotcorne souligne la nécessité croissante d'une compréhension plus large des environnements numériques :
Ce qui apparaît de plus en plus au fil des années, c'est la maîtrise critique de ces usages, c'est-à-dire la compréhension du fonctionnement de cet écosystème très complexe et de plus en plus opaque.
Services publics essentiels et exclusion sociale
La migration rapide des démarches administratives, des services bancaires, de santé et de transport vers des portails en ligne crée des obstacles fonctionnels pour les groupes vulnérables. Parmi les internautes peu diplômés, 36 % n'utilisent pas les portails administratifs en ligne, un taux quatre fois supérieur à celui des diplômés universitaires. En outre, 12 % des ménages dont le revenu mensuel est inférieur à 1 400 euros et des personnes seules n'ont pas d'accès internet à domicile, une proportion qui monte à 22 % chez les personnes isolées à faible revenu.
L'absence d'accès numérique a aussi des effets psychologiques. Parmi les non-utilisateurs d'internet, 56 % font état d'un sentiment d'exclusion sociale fort ou très fort, un ressenti qui atteint 75 % chez les 55 ans et plus.
Périne Brotcorne décrit la stagnation des progrès d'ensemble :
Si des progrès sont observés, ils restent limités, et la proportion de personnes en situation de vulnérabilité numérique stagne au fil des années.
Un accompagnement local et des espaces publics numériques
Pour contrer ces fractures, des espaces publics numériques (EPN) sont déployés dans les communes pour offrir un accès à internet, du matériel et des formations. À l'Atelier du web de Saint-Gilles, situé sous la maison communale, les usagers paient 3 euros par mois pour accéder à trente ordinateurs fixes sous Linux, bénéficient de l'aide du personnel de 9 h à 17 h et suivent des cours portant sur des tâches de base : copier du texte, créer un CV, payer son stationnement en ligne ou naviguer sur les plateformes administratives. Les demandeurs d'emploi recourent à ces équipements publics lorsqu'ils sont limités par les restrictions de temps imposées sur les bornes administratives, comme la limite de 90 minutes d'ordinateur dans les bureaux d'Actiris.


