
L'Espagne rouvre le dossier de l'attentat de l'ETA de 1981 contre Natividad Jáuregui
La Cour suprême espagnole a annulé une décision qui avait classé l'affaire visant Natividad Jáuregui pour le meurtre en 1981 à Bilbao du lieutenant-colonel Ramón Romeo Rotaeche. Deux des cinq juges ont exprimé une opinion dissidente.
La Cour suprême annule la décision de prescription
La Cour suprême espagnole a annulé jeudi 15 octobre 2026 la décision de l'Audiencia Nacional de classer l'affaire visant Natividad Jáuregui, dite Pepona, pour l'attentat de l'ETA du 19 mars 1981 à Bilbao. La chambre pénale a fait droit aux recours du parquet et de la famille de la victime, le lieutenant-colonel Ramón Romeo Rotaeche, tué d'une balle dans la nuque alors qu'il sortait de la messe à la basilique de Begoña. L'affaire retourne devant la juridiction qui en était saisie, et l'arrêt ne préjuge pas de l'issue au fond.
Une ordonnance de 1989 qui a interrompu le délai
L'Audiencia Nacional avait estimé que la responsabilité pénale était éteinte vingt ans après l'attentat, en 2001, aucune enquête pénale n'ayant visé Jáuregui pendant cette période. La majorité de la Cour suprême n'a pas suivi ce raisonnement. Elle a retenu qu'une ordonnance du 24 avril 1989 avait rouvert le dossier et intégré les déclarations du membre de l'ETA Enrique Letona, qui attribuaient une participation à l'attentat à Jáuregui, ce qui avait interrompu le délai de vingt ans. Selon la majorité, le dossier n'était pas une enquête générique sur l'ETA, puisqu'il avait un objet défini : un attentat avec une victime, un lieu et une date identifiés. Ce délai n'était pas écoulé lorsqu'elle a été mise en examen le 1er décembre 2005, et la Cour a relevé que Letona avait ensuite été interrogé et des témoins entendus pour vérifier ses déclarations. Letona a exercé son droit au silence et l'enquête n'a alors débouché sur aucune poursuite, mais la Cour a jugé que ces actes suffisaient à interrompre le délai.
Il ne s'agissait pas d'un simple acte de réception de documents.
La décision judiciaire qui a interrompu le délai a été rendue alors qu'il était encore juridiquement possible d'enquêter sur la participation de Jáuregui.
Mesures de précaution et dissidence
L'arrêt ne rétablit pas les mesures de précaution que le Tribunal constitutionnel avait annulées dans son arrêt 148/2024 du 2 décembre. L'Audiencia Nacional décidera s'il y a lieu d'imposer de nouvelles mesures, une décision qui devra reposer sur une appréciation actuelle, individualisée et suffisamment motivée. De telles mesures pourraient la renvoyer en prison. Deux des cinq magistrats qui ont statué ont déposé une opinion dissidente, soutenant que les recours auraient dû être rejetés et la prescription confirmée.
Des années de fuite en Belgique au Tribunal constitutionnel
Jáuregui a passé des décennies en fuite, et des photos d'elle souriante lors d'un festin de fruits de mer à Gand, en Belgique, diffusées sur les réseaux sociaux lui ont valu le surnom de « l'etarra des mariscadas ». Les autorités belges l'ont remise à l'Espagne en 2020, après près de quarante ans à l'étranger. En novembre 2023, l'Audiencia Nacional l'a libérée, sous mesures de précaution, après avoir jugé les faits prescrits. En septembre 2024, le Tribunal constitutionnel l'a autorisée à quitter l'Espagne, et l'arrêt de la Cour suprême renvoie désormais l'affaire pour la suite de la procédure.
- Attentat de l'ETA à Bilbao, le lieutenant-colonel Ramón Romeo Rotaeche est tué
- Une ordonnance rouvre le dossier avec les déclarations d'Enrique Letona
- Jáuregui est mise en examen, le délai de vingt ans n'étant pas encore écoulé
- La Belgique remet Jáuregui à l'Espagne
- L'Audiencia Nacional libère Jáuregui après avoir jugé les faits prescrits
- Le Tribunal constitutionnel autorise Jáuregui à quitter l'Espagne
- La Cour suprême annule la décision de prescription et ordonne la réouverture de l'affaire
