
La BCE devrait relever ses taux pour la première fois depuis près de trois ans alors que le conflit au Moyen-Orient alimente l'inflation
La Banque centrale européenne devrait relever son taux directeur de 25 points de base à 2,25 % plus tard dans la journée, la première hausse depuis septembre 2023, une mesure visant à empêcher l'inflation de déraper face à la guerre en cours au Moyen-Orient.
La BCE devrait relever ses taux après près de trois ans
La Banque centrale européenne devrait relever ses taux d'intérêt directeurs pour la première fois depuis septembre 2023 plus tard dans la journée, augmentant le taux de la facilité de dépôt de 25 points de base à 2,25 %. Cette décision a été largement annoncée par les responsables de la BCE et est considérée comme certaine à 100 % par les observateurs du marché comme ECB Watch. La présidente Christine Lagarde a préparé le terrain depuis mars, lorsqu'elle a déclaré que
le public pourrait avoir du mal à comprendre une fonction de réaction qui ne réagit pas.
L'Euribor anticipe déjà la hausse
L'Euribor 12 mois, référence pour la plupart des prêts hypothécaires à taux variable en Espagne, a anticipé ce changement et a grimpé régulièrement depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. En mars, il s'établissait à 2,229 %, puis est monté à 2,845 % en avril et 2,883 % en mai. Début juin, il s'est détendu à 2,761 %, mais la dernière lecture du 8 juin était de 2,816 %.
L'Euribor anticipe, il ne suit pas. Une hausse attendue ne doit pas le faire bouger fortement.
- 2026-03
- 2.229 %
- 2026-04
- 2.845 %
- 2026-05
- 2.883 %
- 2026-06-01
- 2.761 %
- 2026-06-08
- 2.816 %
Les coûts des crédits immobiliers grimpent
Pour les ménages ayant des prêts à taux variable, l'effet est déjà tangible. Olivia Feldman, cofondatrice de HelpMyCash, calcule qu'un prêt hypothécaire typique de 150 000 € sur 25 ans avec un écart d'Euribor + 1 % coûte désormais environ 58 € de plus par mois qu'il y a un an, ajoutant près de 700 € de paiements annuels supplémentaires.
Ceux qui cherchent un prêt hypothécaire sont confrontés à une situation inhabituelle : des prix de l'immobilier très élevés et des coûts de financement très élevés.
Jorge González-Iglesias Baeza, PDG de Gibobs.com, conseille que
l'Euribor réagira à la hausse. Le cycle a changé de direction. Quiconque n'a pas encore fixé son prêt hypothécaire devrait le faire dès que possible. Les conditions actuelles sont encore bonnes, mais la fenêtre se referme.
Inflation et prime de guerre
Le déclencheur immédiat du revirement des taux est une flambée de l'inflation, qui a atteint 3,2 % en mai, en hausse brutale par rapport à 1,7 % en janvier. Cette forte augmentation remonte au conflit qui a éclaté entre les États-Unis, Israël et l'Iran il y a plus de 100 jours, bloquant le détroit d'Ormuz et faisant passer les prix du pétrole d'environ 60 à 100 dollars le baril. Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, largement considérée comme la voix la plus faucon au Conseil des gouverneurs, a déclaré sans ambages :
Compte tenu de l'ampleur et de la persistance de la crise actuelle, à mon avis, il sera nécessaire de relever les taux d'intérêt en juin.
Une frappe préventive, pas un nouveau cycle
Les analystes de la fintech Ebury décrivent cette mesure comme « principalement préventive, visant à ancrer les anticipations d'inflation, plutôt que d'ouvrir un nouveau cycle de resserrement. » Les propres prévisions de base de la BCE voient l'inflation à 2,6 % pour 2026, avec une croissance du PIB réduite à 0,9 %. Cependant, si le détroit d'Ormuz reste bloqué et que la guerre s'intensifie, le scénario défavorable de la BCE envisage une inflation grimpant à 4,4 % et une économie quasiment stagnante avec une croissance de 0,4 %. De telles issues forceraient probablement de nouvelles hausses de taux ; les marchés intègrent actuellement entre deux et trois mouvements supplémentaires d'un quart de point cette année.
Perspectives
Au-delà de la décision immédiate sur les taux, la BCE mettra également à jour ses projections économiques et la conférence de presse de Lagarde sera scrutée pour obtenir des indices sur le rythme du futur resserrement. Parallèlement, dans les couloirs de l'Eurotower à Francfort, la succession de Lagarde, dont le mandat touche à sa fin, est discrètement évoquée, un ancien gouverneur de la banque centrale espagnole figurant parmi les candidats potentiels. Pour l'instant, l'accent est mis sur la première hausse depuis plus de 1000 jours et son impact en cascade sur les coûts d'emprunt dans toute la zone euro.
