
Klopp quitte un entretien après les remarques de Schweinsteiger sur le « football africain » qui déclenchent une polémique raciale en Coupe du monde
Jürgen Klopp a refusé de répondre aux questions concernant la description du style de jeu de la Côte d'Ivoire par Bastian Schweinsteiger, qu'il avait qualifié de « football africain, sauvage et non orthodoxe », quittant un entretien avec la Deutsche Welle. Le sélectionneur ivoirien Emerse Faé a ensuite qualifié ces propos de tristes et potentiellement racistes.
L'analyse d'avant-match de Schweinsteiger
Avant le match du Groupe E entre l'Allemagne et la Côte d'Ivoire à Toronto, le consultant de l'ARD Bastian Schweinsteiger a décrit le style de jeu de l'équipe ivoirienne comme « un peu football africain, un peu non orthodoxe, un peu sauvage, un peu peut-être aussi pas si conditionné par la tactique ». Il a ajouté que l'Allemagne devait « se préparer à ce que ce soit imprévisible ». Ces propos, tenus sur la télévision publique allemande, ont immédiatement suscité des critiques pour avoir perpétué des stéréotypes raciaux.
Un peu football africain, un peu non orthodoxe, un peu sauvage, un peu peut-être aussi pas si conditionné par la tactique. Nous devons être prêts à ce que ce soit imprévisible.
L'Allemagne a remporté le match 2-1 après avoir été menée, Denis Undav marquant deux fois. La Côte d'Ivoire avait ouvert le score par Franck Kessié.
Klopp refuse de s'engager
Mercredi à New York, l'ancien entraîneur de Liverpool Jürgen Klopp, désormais consultant pour Magenta, a été interrogé par un journaliste de la Deutsche Welle sur les propos de Schweinsteiger. Klopp a immédiatement coupé court à la question, affirmant qu'il n'avait « aucune chance » d'y répondre et que le sujet était trop sérieux pour une réponse informelle. Il a exprimé sa surprise qu'un journaliste allemand aborde le sujet, puis s'est éloigné du groupe.
Vous voulez continuer sur ce sujet. Non, non, je n'ai aucune chance. Je n'ai aucune chance de répondre à cette question. Tout le monde aime ça, alors vous me mettez dans cette situation. Ce n'est pas mon travail de plaire à tout le monde, mais c'est un sujet sérieux, et je ne sais même pas ce qu'il convient de dire. Pour les Africains, c'est une chose, pour d'autres, c'en est une autre, et je ne suis pas là pour ça.
Klopp a ajouté avec ironie qu'il avait espéré éviter le sujet : « Dieu merci, je pensais que personne ne me poserait de question là-dessus. Vous avez trouvé un moment. Et, chose surprenante, vous êtes allemand. Cela m'a beaucoup surpris. »
Faé qualifie les propos de « tristes » et potentiellement racistes
Après que la Côte d'Ivoire a décroché sa première qualification historique pour les phases à élimination directe de la Coupe du monde en battant Curaçao 2-0 à Philadelphie jeudi, le sélectionneur Emerse Faé a réagi aux propos de Schweinsteiger. Il s'est dit déçu et a suggéré que ces remarques reflétaient des préjugés de longue date sur le football africain.
Je pense que c'est triste. On pourrait appeler ça raciste.
La réaction de Faé est intervenue alors que son équipe célébrait un exploit historique, ajoutant une dimension poignante à la controverse.
Les médias allemands débattent des stéréotypes coloniaux
En Allemagne, ces propos ont déclenché un débat plus large. Le journaliste Philipp Awounou a écrit dans Der Spiegel que des termes comme « sauvage » et « imprévisible » ont des « racines racistes et coloniales », notant que les personnes noires d'origine africaine ont historiquement été stigmatisées comme non civilisées ou dangereuses. Il a toutefois souligné qu'il ne pense pas que Schweinsteiger soit raciste. Le créateur de contenu Patrick Schnitzler a cité des études académiques montrant que les commentateurs mettent plus souvent en avant les attributs physiques des joueurs noirs que ceux des joueurs non noirs.
Derrière des qualificatifs comme 'sauvage' ou 'imprévisible' se cachent des stéréotypes bien plus anciens que le football, ancrés dans l'histoire coloniale et le racisme.
Schweinsteiger n'a pas présenté d'excuses publiques, et l'ARD ne l'a pas retiré de sa couverture. L'incident a relancé le débat sur le langage dans les retransmissions sportives et la responsabilité des personnalités publiques lorsqu'elles décrivent des équipes issues de différents horizons culturels.


