
Junts rejoint le Parti démocrate européen, mettant fin à sept ans d'isolement politique à Bruxelles
Le parti indépendantiste catalan dirigé par Carles Puigdemont a été admis au sein du Parti démocrate européen, un groupe centriste et fédéraliste présidé par l'ancien Premier ministre français François Bayrou, retrouvant ainsi un foyer politique européen perdu en 2018.
Junts per Catalunya a annoncé lundi son intégration formelle au Parti démocrate européen (PDE), une famille politique européenne centriste et fédéraliste présidée par l'ancien Premier ministre français François Bayrou. Cette décision met fin à près de huit ans d'isolement institutionnel à Bruxelles, après que le prédécesseur du parti, le PDeCAT, a été exclu de l'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe (ALDE) en octobre 2018, à la suite du référendum d'indépendance de la Catalogne en 2017.
Un nouveau foyer au sein de Renew Europe
Le PDE siège au sein du groupe Renew Europe au Parlement européen, le troisième bloc de l'hémicycle. Le parti compte actuellement entre 10 et 12 députés européens, selon les sources, et comprend déjà plusieurs formations nationalistes et régionalistes espagnoles : le Parti nationaliste basque (PNV), la Coalition canarienne et l'Engagement pour la Galice. Aitor Esteban Bravo (PNV) et Fernando Clavijo (Coalition canarienne) occupent tous deux des vice-présidences au sein du PDE.
Junts lui-même détient un seul siège au Parlement européen, remporté lors des élections de juin 2024 par l'ancien ministre catalan de la Santé, Toni Comín. Comín n'a toutefois pas pu siéger car il a refusé de prêter serment à la Constitution espagnole devant la Junte électorale centrale. Des sources du PDE citées par EFE ont souligné que l'adhésion au parti et l'adhésion au groupe parlementaire Renew Europe sont "deux processus distincts, bien que liés". Le porte-parole du PDE, Alessio De Giorgi, a déclaré que si, et quand, l'élection de Comín sera validée, il "devrait passer par la propre procédure d'admission de Renew Europe" avant de devenir membre du groupe.
La complication Comín
La situation de Comín est encore assombrie par une enquête interne de Junts pour des allégations de harcèlement sexuel, que le parti a relancée en juillet après une période de protection, selon le journal Ara. Comín a toujours nié les allégations. L'enquête propre du Parlement européen est également au point mort, en attendant une décision de la Cour suprême espagnole sur l'applicabilité de la loi d'amnistie à Comín. La déclaration de bienvenue du PDE n'a pas mentionné Comín.
La vision de Puigdemont
Carles Puigdemont a célébré cette décision sur les réseaux sociaux, écrivant qu'il était "très heureux d'avoir été accueilli au sein des Démocrates et de pouvoir contribuer, depuis cette grande famille politique, au renforcement du projet européen". Il a évoqué le regard historique de la Catalogne vers l'Europe pendant la dictature franquiste, déclarant que "quand tout semblait perdu dans la longue nuit du franquisme, la Catalogne a regardé vers le nord pour trouver la liberté que l'Europe avait gagnée en vainquant le nazisme".
Notre avenir est dans une Europe qui se reconnaît dans la diversité de ses peuples et de ses nations, de ses langues et de ses cultures. Nous travaillerons main dans la main avec nos collègues des Démocrates.
Le secrétaire général de Junts, Jordi Turull, a qualifié cette décision de "grand pas en avant dans notre stratégie internationale" et a exprimé l'espoir qu'elle soit "le début d'un long chemin commun pour défendre la pleine souveraineté de la Catalogne au sein d'une Europe fédérale".
Le contexte de la décision sur l'amnistie
Cette intégration intervient quelques semaines après que la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a statué, le 16 juillet, que la loi d'amnistie espagnole doit être appliquée conformément aux principes de l'État de droit. Le PDE a publiquement soutenu cette décision, déclarant que l'amnistie "devrait être mise en œuvre conformément aux principes de l'État de droit et aux obligations découlant de l'ordre juridique européen". Le parti a également exprimé sa solidarité avec les victimes catalanes de la surveillance par le logiciel espion Pegasus et rejeté ce qu'il a appelé "les manœuvres de la Cour des comptes visant à retarder l'application de l'amnistie".
Ce que le PDE y gagne
Pour le PDE, Junts représente ce que le parti a appelé "une idée centrale du projet européen" : que les nations et territoires forts au sein de l'UE ne sont pas incompatibles mais alliés. La direction du PDE comprend le secrétaire général Sandro Gozi, ancien sous-secrétaire d'État italien aux Affaires européennes, qui est député européen depuis 2019, élu sur une liste Renaissance française. Le parti a été fondé en 2004 par Bayrou et une faction fédéraliste qui a fait scission du Parti populaire européen.


