
Une commission du Lancet recense 17 menaces à l'horizon 2100, dont la guerre nucléaire et l'usage malveillant de l'IA
Une nouvelle commission du Lancet identifie 17 menaces pour la santé humaine au cours des 75 prochaines années. Ses experts estiment qu'une extinction est possible via une famine nucléaire ou des armes biologiques créées par l'IA, tout en jugeant la probabilité de ces deux scénarios faible.
Des risques d'extinction
La Commission du Lancet sur les menaces mondiales du XXIe siècle pour la santé, un groupe pluridisciplinaire d'experts nouvellement constitué et réuni par The Lancet, a publié son évaluation dimanche. Le rapport place l'usage malveillant de l'intelligence artificielle et un conflit nucléaire en tête d'une liste de 17 menaces pour la santé humaine au cours des 75 prochaines années, et indique que ces deux risques peuvent conduire à une extinction d'ici 2100. Selon EL PAÍS, la commission réunit 37 experts. Le rapport précise que la probabilité de ces événements reste faible, mais qu'ils pourraient anéantir l'humanité de deux manières : un conflit nucléaire projetant suffisamment de particules dans la haute atmosphère pour bloquer la lumière du soleil et provoquer une famine, ou des armes biologiques créées par l'IA. EL PAÍS rapporte que les auteurs estiment le risque d'extinction lié aux scénarios d'IA à 3 % au maximum, et que l'IA malveillante et le conflit nucléaire sont les deux seules menaces que les auteurs jugent capables de provoquer une extinction. Un éditorial publié en parallèle par The Lancet met en garde contre les conséquences.
L'ampleur des dommages, s'ils se matérialisaient, infligerait une apocalypse à l'humanité.
Comment la liste a été établie
La commission a estimé le nombre d'années de vie en bonne santé susceptibles d'être perdues à cause d'une maladie, d'un handicap ou d'un décès prématuré pour chaque menace, en se fondant sur les trajectoires actuelles. Ces pertes ont été mesurées en années de vie corrigées de l'incapacité (DALY). Pour être retenues, les menaces devaient pouvoir causer un nombre élevé d'années de vie en bonne santé perdues et disposer de solutions potentielles. The Guardian rapporte que les autres menaces jugées catastrophiques pourraient chacune causer plus d'un milliard de DALY cumulées. Les experts indiquent que toutes ces menaces interagissent, ce qui impose de les traiter ensemble, mais soulignent qu'il existe une « voie réaliste pour agir » sur chacune d'elles. Le coprésident de la commission, Christopher Murray, qui dirige également l'Institute for Health Metrics and Evaluation de l'université de Washington, a déclaré :
Les décisions prises par les dirigeants aujourd'hui façonneront la santé et le bien-être de la prochaine génération
La liste complète des menaces
Au-delà des deux risques d'extinction, la commission cite la pollution de l'air, l'antibiorésistance, la malnutrition infantile, l'effondrement climatique, les conflits conventionnels, la baisse de l'aide au développement, la consommation élevée d'alcool, l'hypertension artérielle, les inégalités de revenus, le faible niveau d'éducation, les pandémies naturelles, l'obésité, la mauvaise santé mentale, le tabagisme et le vieillissement en mauvaise santé. EL PAÍS note que la commission décrit le changement climatique comme un facteur multiplicateur de menaces, affectant la santé par les inondations, les incendies et les modifications de l'approvisionnement alimentaire, ainsi que par la hausse directe des températures. L'impact d'une pandémie naturelle est incertain et dépend de son ampleur et de la possibilité de mettre au point un traitement. Le rapport suggère que limiter le réchauffement climatique à 1,8 degré Celsius pourrait éviter la perte de 1,89 milliard de DALY. Il suggère également que si les coupes dans l'aide des pays développés comme les États-Unis et le Royaume-Uni se poursuivent, elles pourraient coûter jusqu'à 1,5 milliard de DALY d'ici 2100.
Incertitudes et prochaines étapes
EL PAÍS rapporte que les auteurs reconnaissent que l'incertitude varie fortement selon les menaces. Le tabagisme et la malnutrition ont des trajectoires plus claires, tandis que l'évolution à long terme de l'usage malveillant de l'IA et de la guerre nucléaire est peu documentée par les données disponibles. Les auteurs précisent aussi que cette classification n'est pas figée et pourrait évoluer avec les circonstances ou de nouvelles données. La commission présente les choix faits aujourd'hui comme déterminants pour les résultats futurs, et l'éditorial du Lancet accompagnant le rapport décrit les enjeux dans les termes cités plus haut.

