
Maladies auto-immunes : les femmes davantage victimes d'erreurs de diagnostic psychologique, selon une étude
Une étude menée par des chercheurs de Cambridge et de l'université d'East Anglia révèle que 43 % des femmes atteintes de maladies auto-immunes se sont vu dire que leur pathologie avait une cause psychiatrique, contre 33 % des hommes. Les femmes déclarent aussi avoir attendu un à deux ans pour obtenir un diagnostic, alors que la plupart des hommes indiquent un délai inférieur à trois mois.
Ce que révèle l'étude
L'étude, publiée dans la revue Lancet eClinicalMedicine, a interrogé plus de 6 600 personnes vivant avec une maladie auto-immune, majoritairement des femmes au Royaume-Uni. Les chercheurs de l'université de Cambridge et de l'université d'East Anglia (UEA) ont demandé aux participants d'indiquer leur pathologie principale et la manière dont le diagnostic avait été posé. Chez les femmes, 43 % ont déclaré s'être entendu dire que leur maladie avait une cause psychiatrique, contre 33 % des hommes. Par ailleurs, 34 % des femmes ont indiqué que leurs symptômes avaient été diagnostiqués à tort comme psychosomatiques, contre 22 % des hommes. Après ajustement pour l'âge, le type de pathologie, le continent et la situation financière du foyer, les femmes étaient 46 % plus susceptibles que les hommes de signaler une erreur de diagnostic psychiatrique et 74 % plus susceptibles d'en signaler une de nature psychosomatique.
- Femmes : cause psychiatrique
- 43 %
- Hommes : cause psychiatrique
- 33 %
- Femmes : erreur de diagnostic psychosomatique
- 34 %
- Hommes : erreur de diagnostic psychosomatique
- 22 %
Des délais plus longs avant un diagnostic correct
Les femmes ont également fait état de délais plus longs entre les premiers symptômes et le diagnostic, ainsi que d'un plus grand nombre de consultations. La plupart des hommes ont indiqué un délai de diagnostic inférieur à trois mois, tandis que la réponse la plus fréquente chez les femmes était d'un à deux ans. Melanie Sloan, auteure principale de l'étude, estime que les dommages causés par ces erreurs de diagnostic peuvent durer longtemps, affectant la confiance des femmes envers les médecins et leur estime de soi. Elle souligne qu'il peut parfois falloir « des mois ou des années avant qu'un diagnostic ne se précise ». L'étude montre que certaines femmes attendent des années avant de savoir de quelle maladie elles souffrent, ce qui retarde le début du traitement.
Des symptômes faciles à négliger
Les maladies auto-immunes surviennent lorsque le système immunitaire attaque par erreur des tissus sains. Elles débutent souvent par des symptômes courants comme la fatigue, des douleurs musculaires et des éruptions cutanées, ce qui les rend difficiles à identifier chez les deux sexes. La maladie de Hashimoto peut provoquer une prise de poids, une chute de cheveux, de la fatigue et des douleurs articulaires, tandis que la maladie de Graves peut entraîner une exophtalmie, des palpitations et une perte de poids. Le lupus systémique peut causer de la fatigue, des éruptions cutanées et des douleurs musculaires, et environ une femme sur sept dans l'étude en était atteinte.
Qui a participé
Selon les déclarations des participantes elles-mêmes, près d'un quart des femmes souffraient d'une maladie thyroïdienne auto-immune, comme la maladie de Hashimoto ou de Graves. Chez les hommes, les pathologies les plus fréquentes étaient la polyarthrite rhumatoïde, les vascularites et le syndrome des antiphospholipides. Les hommes étaient légèrement plus nombreux à déclarer qu'une autre maladie physique leur avait été diagnostiquée à tort, 48 % contre 44 % pour les femmes. L'échantillon provient principalement du Royaume-Uni, ce qui limite la portée de ces chiffres ailleurs.
Limites et explication des chercheurs
Les auteurs qualifient leurs résultats d'exploratoires. Les données provenant de questionnaires, les délais et les erreurs de diagnostic peuvent relever de la perception des patients et ne pas être confirmés dans les dossiers médicaux. Les chercheurs indiquent que les difficultés diagnostiques plus générales concernent les deux sexes, mais que « les femmes peuvent faire face à des désavantages supplémentaires ». Ils pointent des « biais historiques de la médecine » qui peuvent persister, notamment l'idée que les femmes sont moins crédibles et plus émotives que les hommes lorsqu'elles décrivent leurs symptômes.

