
Plus d'un tiers des chaussures vendues sur Shein, Temu et AliExpress enfreignent les règles chimiques de l'UE
Une étude de la Confédération européenne de l'industrie de la chaussure a testé 76 paires achetées sur trois plateformes dans sept pays européens. Vingt-sept paires dépassaient au moins une limite chimique.
L'étude et son périmètre
La Confédération européenne de l'industrie de la chaussure (CEC) a publié une étude mardi 13 octobre 2026 à Bruxelles. Des testeurs ont acheté 76 paires de chaussures sur Shein, Temu et AliExpress entre février et mai 2026, et des laboratoires nationaux accrédités les ont contrôlées pour vérifier leur conformité chimique dans sept pays européens : la République tchèque, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Portugal, l'Espagne et le Royaume-Uni. Vingt-sept paires, soit 35,5 %, présentaient au moins un dépassement des limites chimiques au titre de REACH, le règlement européen qui encadre la fabrication et l'utilisation des substances chimiques. Le communiqué de la fédération donne une part de 36 %. La CEC souligne que les résultats ne portent que sur les produits testés et ne peuvent être étendus à l'ensemble des gammes des plateformes.
Les constats chimiques
L'étude pointe particulièrement les phtalates, utilisés pour assouplir les plastiques et dont l'usage est restreint dans l'UE en raison des risques d'exposition. Quinze des 50 paires testées pour les phtalates dépassaient les limites réglementaires, et un produit affichait une concentration de 37 %, soit environ 370 fois la limite de 0,1 % fixée par REACH. D'autres dépassements ont été relevés dans 30 % des échantillons pour le chrome hexavalent, 21,4 % pour les paraffines chlorées à chaîne courte, 10 % pour les hydrocarbures aromatiques polycycliques, 9,3 % pour le formaldéhyde et 4 % pour les métaux lourds.
- Chrome hexavalent
- 30 %
- Paraffines chlorées à chaîne courte
- 21.4 %
- Hydrocarbures aromatiques polycycliques
- 10 %
- Formaldéhyde
- 9.3 %
- Métaux lourds
- 4 %
Les chaussures de sécurité
Les résultats les plus faibles concernent les chaussures vendues comme équipements de protection individuelle. Dix modèles ont été soumis à des essais physiques, mécaniques et de sécurité, et huit ont échoué à au moins une exigence applicable, un taux d'échec que la presse portugaise chiffre à 80 %. Les faiblesses portaient sur la résistance au glissement et à la perforation, la protection contre les chocs et la compression, la solidité des embouts et la liaison entre la tige et la semelle. Certains produits commercialisés comme chaussures de sécurité étaient dépourvus de la documentation obligatoire d'évaluation de la conformité et ne portaient pas le marquage CE requis, et certaines allégations de sécurité étaient potentiellement trompeuses.
La répartition par plateforme
Les résultats varient fortement selon la plateforme. Shein totalisait 13 de ses 27 paires non conformes (48,1 %) et Temu 14 de ses 46 paires (30,4 %). Les trois échantillons AliExpress ne présentaient aucune non-conformité. Shein, Temu et AliExpress n'ont pas répondu aux demandes de commentaire de l'AFP sur ces conclusions.
- Shein
- 48.1 %
- Temu
- 30.4 %
La réaction du secteur
La CEC, qui affirme représenter 21 000 entreprises européennes employant 278 000 personnes, présente l'étude comme un appel à des règles égales. Luis Onofre, président de l'APICCAPS, l'association portugaise de la chaussure, déclare dans le communiqué :
Cette étude doit avant tout servir de signal d'alerte.
Luis Onofre soutient que les fabricants européens ne peuvent être soumis aux règles les plus strictes du monde alors que des produits qui les ignorent arrivent sur le marché, un écart qui, selon lui, met les consommateurs en danger. Diário de Notícias rapporte que le secteur est favorable au libre-échange, mais à règles identiques. L'AFP note que les plateformes sont régulièrement accusées de concurrence déloyale par les acteurs européens du textile et de la chaussure.