Cazeneuve entre dans la course présidentielle française de 2027 avec une lettre de 86 pages et un refus de participer à la primaire socialiste
L'ancien Premier ministre socialiste publie une lettre de 86 pages aux Français et déclare au Parisien qu'il entre dans la course de 2027 « par un contrat qui me lie aux Français », tout en refusant de participer à la primaire du parti.
Une lettre comme programme
Bernard Cazeneuve a choisi l'écrit pour marquer son entrée dans la course présidentielle de 2027. Vendredi 17 juillet, l'ancien Premier ministre socialiste a publié une « lettre aux Français » de 86 pages qui ressemble à une ébauche de programme. Le document, que BFMTV a obtenu avant sa publication, est divisé en six chapitres et aborde des sujets allant de la protection de l'enfance à la réforme institutionnelle. Dans un entretien au Parisien la veille, Cazeneuve a présenté cette démarche comme un engagement contraignant : « C'est par un contrat qui me lie aux Français que je présente ma candidature. » Son entourage a toutefois indiqué à l'Agence France-Presse qu'il ne s'agissait pas d'une déclaration officielle mais d'« une étape supplémentaire » vers 2027.
C'est par un contrat qui me lie aux Français que je présente ma candidature.
Trois piliers d'un projet de centre-gauche
Cazeneuve ancre sa candidature dans ce qu'il appelle une « gauche républicaine, sociale, européenne et réformatrice ». La lettre s'articule autour de trois axes. Le premier, « protéger les vies », se concentre sur les femmes et les enfants. Il exige qu'aucune plainte pour violence contre un enfant ne reste sans réponse et propose de rappeler des magistrats à la retraite pour réexaminer les affaires laissées en sommeil. Sur les droits des femmes, il écrit qu'« il ne peut y avoir de véritable égalité sans que le féminisme n'inspire les grandes politiques publiques ». Le deuxième axe, « remettre l'État en ordre », inclut une proposition de rétablir le mandat présidentiel de sept ans, arguant que le quinquennat a transformé le président en chef de majorité et a dépouillé la fonction de son rôle arbitral. Le troisième axe, « reconstruire la souveraineté », couvre la souveraineté productive, éducative et extérieure, avec un appel à redéfinir l'Union européenne comme « un contrat plutôt qu'un cadre de contraintes ».
La sécurité n'est pas un thème de droite. Et la gauche ferait bien de s'en emparer. Elle est due au peuple.
Retraites et réforme institutionnelle
Sur les retraites, l'un des sujets déterminants de la campagne, Cazeneuve rejette tout nouveau relèvement de l'âge légal de départ. Il affirme que « la durée de cotisation est le levier le plus juste » et promet une réforme « sans la brutalité qui a tant nui à la confiance ». Il souhaite également renforcer le rôle du Premier ministre et limiter le recours à l'article 49.3, l'outil constitutionnel qui permet au gouvernement de faire adopter une loi sans vote. Son diagnostic des années Macron est sans concession : « Nous avons subi, ces dernières années, un naufrage politique que personne n'aurait osé imaginer : cinq Premiers ministres en quatre ans. Dans le même mouvement, la fonction présidentielle a été vidée de ce qui faisait sa force. »
Le pays n'est pas cassé : il est mal gouverné, mal représenté, mal considéré.
Refus de la primaire, appel au rassemblement
Cazeneuve ne se soumettra pas à la primaire socialiste prévue en octobre. « Ce n'est pas une primaire à laquelle on nous invite mais, je le crains, une dernière », a-t-il déclaré, appelant plutôt à « un large rassemblement qui dépasse largement les primaires étroites ». Il a quitté le Parti socialiste en 2022 pour fonder son propre mouvement, La Convention, en protestation contre l'alliance avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Sa position crée une concurrence directe avec François Hollande, qui a également signalé ses ambitions cette semaine, déclarant à ses partisans : « J'ai déjà été président, je connais le métier, je l'ai fait. Je peux être utile mais je ne peux pas être un candidat témoin. » Raphaël Glucksmann, autre candidat potentiel du centre-gauche, s'est donné l'été pour décider.
- Nommé Premier ministre sous François Hollande
- Quitte le Parti socialiste, fonde le mouvement La Convention
- Déclare au Parisien qu'il présente sa candidature « par un contrat qui me lie aux Français »
- Publie une « lettre aux Français » de 86 pages exposant son programme présidentiel
La suite
Guillaume Lacroix, président du Parti radical de gauche, a déclaré à Franceinfo que la lettre de Cazeneuve « envoie le message qu'il a réfléchi à sa démarche, qu'il a des propositions de fond, et qu'il s'agit de créer un lien avec les Français ». L'ancien Premier ministre invite les citoyens à lui répondre. « Tout se décidera à l'automne ; ce n'est pas une mauvaise chose de prendre un peu de temps cet été pour approfondir ce lien », a ajouté Lacroix. Avec la lettre désormais publique et l'entretien la présentant comme une candidature, Cazeneuve s'est solidement placé parmi les prétendants à l'investiture sociale-démocrate, même si l'annonce formelle est encore à venir.


