
Un rapport estime que 700 à 1 500 enfants ont été victimes de sadisme et de torture à l'école catholique Notre-Dame-de-Bétharram
Une enquête d'une ONG a révélé que des décennies de violence institutionnelle à l'école Notre-Dame-de-Bétharram, près de Lourdes, pourraient avoir touché jusqu'à 1 500 élèves, avec 37 auteurs identifiés.
Une enquête de l'Institut Louis Joinet (IFDJ), publiée samedi 20 juin, a conclu que l'école catholique Notre-Dame-de-Bétharram et d'autres institutions gérées par la même congrégation ont été le théâtre de « crimes de masse » entre 1950 et la fin des années 1990. Le rapport estime qu'entre 700 et 1 500 enfants ont subi des violences sexuelles, physiques ou psychologiques, décrivant un « système de violence institutionnelle » soutenu par la peur, la honte et la domination.
Des décennies de violence systémique
L'enquête, commanditée par la congrégation religieuse elle-même et menée sur plus d'un an, a identifié 37 auteurs (religieux et laïcs). L'IFDJ, une ONG habituellement spécialisée dans la justice transitionnelle en zones de conflit, a écarté la thèse selon laquelle les abus seraient une simple « addition d'actes individuels » et a souligné une dynamique organisée de « crimes de masse ».
Dans ces murs, des violences d'une gravité exceptionnelle ont eu lieu, qui peuvent être qualifiées de sadisme et de torture.
Les pratiques comprenaient des jets d'eau à haute pression, des abus sexuels, des coups, et des enfants dénudés près d'un cours d'eau glacé. Le rapport affirme qu'un système de violence institutionnelle « bien huilé » a perduré pendant des décennies grâce à des mécanismes de silence fondés sur la peur, la honte et la domination.
Alertes ignorées, réputation protégée
Les avertissements épars et fragmentés des victimes et de leurs familles étaient perçus localement comme « peu crédibles », notent les enquêteurs. La réputation de l'école, l'attachement de nombreux anciens élèves et le prestige de l'autorité religieuse ont protégé l'établissement. L'IFJD souligne une « défaillance générale des mécanismes de contrôle » de la part de l'Église et de l'État.
Répercussions politiques
Le scandale a pris une ampleur nationale après qu'il a été révélé que les enfants de l'ancien Premier ministre François Bayrou avaient fréquenté l'école. Bayrou, figure de la politique locale, a été accusé d'avoir eu connaissance des abus sans intervenir, des allégations qu'il a toujours niées.
Le 1er juin 2026, l'Assemblée nationale française a adopté à l'unanimité en première lecture une loi sur les violences scolaires, directement inspirée par l'affaire Bétharram. Le texte renforce la vérification des antécédents des adultes en contact avec des enfants et durcit la réglementation des écoles privées, mais ne va pas jusqu'à lever le secret de la confession pour les membres du clergé.
- Début de la période documentée d'abus systémiques à Notre-Dame-de-Bétharram
- Fin de la période documentée d'abus systémiques
- L'Assemblée nationale adopte à l'unanimité une loi sur les violences scolaires inspirée par le scandale
- Publication du rapport de l'IFJD, estimant entre 700 et 1 500 victimes potentielles
La congrégation répond
Lors de la présentation du rapport, Gustavo Eduardo Agin, supérieur général des Frères de Bétharram, a demandé « pardon à toutes les victimes, ainsi qu'à l'Église et à la société dans son ensemble » au nom de la congrégation et a condamné les actes « avec la plus grande fermeté ».
Prescription légale
Environ 250 plaintes ont été déposées, mais la plupart sont prescrites en raison de l'ancienneté des faits. Seuls deux hommes (un laïc et un membre du clergé) ont été mis en examen. Pour les victimes, le rapport recommande l'organisation d'un « tribunal citoyen » afin de reconnaître le préjudice, étant donné que les poursuites pénales sont en grande partie impossibles.


