
Bernadette Chirac, ancienne première dame de France et figure politique à part entière, s'éteint à 93 ans
La veuve de Jacques Chirac a passé douze ans à l'Élysée tout en menant une carrière politique indépendante en Corrèze et en transformant une œuvre caritative pour enfants hospitalisés en institution nationale.
Une vie de devoir et d'endurance
Bernadette Chirac, née Bernadette Thérèse Marie Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, est décédée dans la soirée du 5 juin 2026 à l'âge de 93 ans. Sa fille Claude Chirac a annoncé qu'elle « s'est éteinte paisiblement dans la soirée, entourée de sa famille. Elle venait d'avoir 93 ans. » Pendant plus d'un demi-siècle, elle fut le point fixe dans l'ascension politique agitée de son mari Jacques Chirac, à travers le Parlement, deux mandats de Premier ministre, dix-huit ans à la mairie de Paris, et enfin la présidence de 1995 à 2007.
Une grande dame du cœur s'en est allée.
Le président Macron a confirmé son décès samedi, déclarant que lui et son épouse Brigitte avaient appris avec « une grande tristesse » la disparition d'une femme qui a marqué l'histoire de France et changé la vie de millions de patients grâce à son œuvre caritative.
Une femme politique indépendante
Presque seule parmi les épouses des présidents français, Bernadette Chirac s'est constitué une base de pouvoir qui lui était propre. Elle a été conseillère générale de la Corrèze, élue sans discontinuer de 1979 à 2015. Après le départ de son mari de la vie publique en 2007, elle déclara : « Mon mari ne fait plus de politique, mais moi j'en fais. » Elle fut également la seule dans l'entourage présidentiel à anticiper la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection de 2002, un avertissement que Jacques Chirac reconnut plus tard dans ses mémoires.
Bernadette est la femme de ma vie, que de choses nous avons faites ensemble.
L'héritage des Pièces Jaunes
Depuis 1994, Bernadette Chirac dirigeait l'opération Pièces Jaunes, une œuvre caritative en faveur des enfants hospitalisés. Anne Barrère, vice-présidente de la Fondation des Hôpitaux de France, a déclaré qu'elle « a été l'une des premières à comprendre que la santé mentale des jeunes était un sujet majeur. » Barrère l'a décrite comme « une femme très engagée, totalement dévouée à la cause des personnes vulnérables » qui « a vraiment changé la vie des enfants. »
Quand elle est arrivée en 1994, elle est arrivée avec un projet. Elle voulait changer le quotidien des jeunes filles souffrant d'anorexie et d'addictions.
Un mariage de contrastes
Le couple s'est rencontré à Sciences Po Paris en 1951. Elle venait d'une famille aristocratique, catholique et aisée, avec des diplomates et des industriels ; lui était le petit-fils d'instituteurs de Corrèze. Ses parents n'étaient pas impressionnés, convaincus qu'il était en dessous de son rang social, mais le couple se maria le 16 mars 1956. L'union dura 63 ans, jusqu'à la mort de Jacques Chirac en 2019. Sa réputation de coureur de jupons était un secret de Polichinelle qu'elle accueillait avec un humour pince-sans-rire. Interrogée en 1998 sur les rumeurs liant son mari à un acteur italien, elle lança aux photographes : « Calmez-vous. Je ne suis pas Claudia Cardinale. Ni Gina Lollobrigida. »
Au début, c'était dur. J'avais le cœur brisé. Puis je m'y suis habituée. Je me suis dit que c'était comme ça et qu'il fallait l'accepter avec le plus de dignité possible.
Adieu national
Devant le palais de l'Élysée, un registre de condoléances a été mis à la disposition du public, une première pour une personnalité à cet endroit. Un portrait en noir et blanc de l'ancienne première dame et le registre ont été placés sur une table drapée de noir, avec des drapeaux français et européens ornés de rubans à proximité. Un message manuscrit d'un enfant disait : « Nous vous aimons beaucoup, Madame. »


