
La BCE relève ses taux de 0,25 point à 2,25 % alors que le conflit au Moyen-Orient pousse l'inflation de la zone euro à 3,2 %
La Banque centrale européenne a relevé jeudi son principal taux de dépôt à 2,25 %, la première hausse depuis septembre 2023, alors que l'inflation dans la zone monétaire unique a atteint 3,2 % en mai, alimentée par la flambée des coûts de l'énergie et la fermeture du détroit d'Ormuz.
La décision
Le conseil des gouverneurs de la BCE a relevé les trois principaux taux d'un quart de point de pourcentage. Le taux de dépôt, son indicateur de référence, s'établit désormais à 2,25 %, tandis que le taux de refinancement principal est de 2,40 % et le taux de la facilité de prêt marginal est de 2,65 %. La dernière fois que l'institution basée à Francfort avait resserré sa politique monétaire, c'était en septembre 2023 ; les taux étaient en attente depuis une baisse en juillet 2025.
Cette hausse de 25 points de base, approuvée à l'unanimité, est clairement un signal et est nécessaire compte tenu de l'incertitude et des perspectives d'inflation.
Pourquoi maintenant
L'inflation dans la zone euro est passée de 1,9 % en février, le dernier mois avant le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, à 3,2 % en mai, bien au-dessus de l'objectif de 2 % de la BCE. Les prix de l'énergie sont le principal moteur après le blocage du détroit d'Ormuz. La banque centrale prévoit désormais une inflation de 3,0 % en 2026 (contre une estimation antérieure de 2,6 %) et de 2,3 % en 2027, avant de retomber à 2,0 % en 2028. Les prévisions de croissance ont été réduites à 0,8 % pour 2026.
- 2026-02
- 1.9 %
- 2026-05
- 3.2 %
- 2026 (prév.)
- 3 %
- 2027 (prév.)
- 2.3 %
- 2028 (prév.)
- 2 %
Transmission à l'économie réelle
Des taux directeurs plus élevés se répercutent sur les prêts bancaires commerciaux. « Lorsqu'une banque centrale augmente le taux qu'elle offre aux banques qui déposent de l'argent, le principe est qu'elle augmente les taux d'intérêt pour le reste de l'économie », a déclaré Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG. Les courtiers rapportent qu'une augmentation mensuelle de 15 € des remboursements pourrait réduire la capacité d'emprunt d'un ménage de 5 000 à 6 000 €. Les épargnants pourraient bénéficier d'un taux du Livret A plus élevé, mais un économiste de l'OCDE a prévenu qu'encourager l'épargne au détriment de la consommation pourrait freiner la croissance.
C'est comme serrer la vis et ralentir encore plus l'activité.
Critiques de la décision
Plusieurs économistes ont estimé que la hausse des taux était malvenue. Frederik Ducrozet, économiste en chef chez Pictet Wealth Management, a déclaré : « Il semble pour le moins étrange d'augmenter les taux en pleine stagflation. À moins que je ne me trompe lourdement, une hausse des taux ne rouvrira pas le détroit d'Ormuz. » Eric Dor a fait écho au fait que cela « risque d'amplifier la contraction de l'activité » tout en étant « inefficace pour faire baisser l'inflation » qui est tirée par les coûts énergétiques importés.
Le contexte des banques centrales mondiales
La BCE est la première grande banque centrale à réagir au choc au Moyen-Orient par une hausse des taux. La Banque d'Angleterre devrait maintenir son taux à 3,75 % lors de sa réunion du 18 juin. La Banque du Japon est en pause depuis qu'elle a relevé son taux à 0,75 % en décembre 2025. Lagarde a défendu cette décision, affirmant que « le principal risque aurait été de ne pas prendre ce genre de décision » et en soulignant que l'économie de la zone euro n'était pas « sérieusement menacée » par une récession.


